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Quand Rome répond aux calomniateurs

  • Photo du rédacteur: mutambak96
    mutambak96
  • il y a 7 jours
  • 5 min de lecture


Trois semaines. Il aura fallu trois semaines au Pape Léon XIV pour balayer une campagne de désinformation orchestrée depuis Kinshasa contre l'archevêque de Lubumbashi. Trois semaines, deux décisions romaines, et la « fatwa » que le pouvoir avait lancée contre Mgr Fulgence Muteba se retourne contre ses auteurs.


La bête noire d'un régime aux abois

Pour comprendre l'ampleur de la séquence, il faut d'abord nommer les choses. Mgr Fulgence Muteba Mugalu, archevêque métropolitain de Lubumbashi, président de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo, CENCO, est devenu, depuis plusieurs mois, la cible privilégiée du régime de Kinshasa et de ses relais.

Sur les réseaux sociaux affidés au pouvoir, on l'a tour à tour qualifié de « diable en soutane », accusé de bénir un « démon tueur porteur de kalachnikov » — allusion à une photographie où il aurait souri à Corneille Nangaa, ancien président de la CENI passé à la rébellion AFC/M23. Le secrétaire général de l'UDPS, Augustin Kabuya, parle, depuis sa tribune, d'« agitations » à propos des prises de parole de l'archevêque, accuse l'Église catholique de « manœuvres visant à provoquer des erreurs du régime » et désigne, sans s'en cacher, « deux individus au sein de l'Église catholique manipulés par Katumbi pour combattre le Chef de l'État ». La rhétorique est connue ; la cible, elle aussi.


Trois actes, en particulier, ont scellé la disgrâce de Mgr Muteba aux yeux du pouvoir

Le premier remonte à mai 2022. C'est lui, archevêque de Lubumbashi, qui réussit l'impensable : réunir, sous les voûtes de sa cathédrale, l'ancien président Joseph Kabila et l'ancien gouverneur Moïse Katumbi pour une poignée de main historique, après huit années de rupture. À l'issue d'un Forum sur l'unité katangaise tenu du 17 au 22 mai, sa messe de réconciliation refonde, en quelques heures, la géographie politique de la région. Pour le pouvoir central, la leçon est claire : un évêque vient de rendre au Katanga sa capacité à parler d'une seule voix. Il ne le lui pardonnera pas.

Le second, c'est Goma. Le 12 février 2025, Mgr Muteba se rend dans l'épicentre de la guerre, accompagné du secrétaire général de la CENCO Mgr Donatien Nshole et des révérends pasteurs Bokundoa et Senga, pour porter le « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs ». Aller à Goma, parler à toutes les parties — y compris à celles que le régime préfère diaboliser —, plaider pour un dialogue national inclusif : autant de gestes interprétés à Kinshasa comme un casus belli. À partir de cette date, l'archevêque devient l'homme à abattre.

Le troisième, c'est sa Vigile de Noël 2025. Du haut de la chaire de la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul, Mgr Muteba dénonce, sans faux-fuyants, « une nouvelle forme de colonialisme économique » à propos du contrat minier signé avec les États-Unis, et qualifie la situation économique du pays de gaspillage organisé des richesses nationales. La parole épiscopale, calme et argumentée, fait l'effet d'une déflagration. Le régime y voit, littéralement, une déclaration de guerre.

Tout ce qui, depuis lors, peut ressembler de près ou de loin à un désaveu de Rome ou de la hiérarchie catholique à l'endroit de Mgr Muteba est instrumentalisé, amplifié, recyclé par la machine de communication du pouvoir. C'est dans cette guerre des perceptions que vient s'inscrire la séquence des trois dernières semaines.


Un communiqué en apparence ordinaire

Le 19 avril 2026, la Chancellerie diocésaine de Lubumbashi annonce une chose simple : Mgr Jean-Marie Vianney Musul Masas, jusqu'alors chancelier de l'archidiocèse, vient d'être nommé premier évêque auxiliaire de l'archidiocèse métropolitain de Lubumbashi. Une nomination de routine, pourrait-on croire. Sauf que, replacée dans son contexte immédiat, elle devient une réponse cinglante à ceux qui, depuis des mois, rêvaient à voix haute de voir Muteba tomber en disgrâce.


Trois semaines plus tôt, Rome avait déjà parlé

Le 30 mars 2026, le Pape Léon XIV nomme Mgr Fulgence Muteba membre du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral, pour un mandat de cinq ans. Ce dicastère n'est pas une sinécure honorifique : il est au cœur de la doctrine universelle de l'Église sur la justice sociale, la paix et le développement. Y siéger, ce n'est pas être sanctionné. C'est être jugé utile.

Quinze jours plus tard, un auxiliaire est nommé à Lubumbashi. La chronologie n'est pas fortuite : Rome appelle Fulgence Muteba d'un côté, sécurise son archidiocèse de l'autre. L'un ne va pas sans l'autre. La main qui élève est aussi celle qui protège.


Qui est Musul Masas ? Un homme de la maison

Mgr Musul Masas exerçait les fonctions de secrétaire-chancelier de l'archidiocèse de Lubumbashi — premier collaborateur administratif de Mgr Muteba, homme du terrain, formé et éprouvé au cœur même de l'archidiocèse. Rome n'envoie pas un inconnu pour mettre l'archevêque sous tutelle : elle consacre un homme que Mgr Muteba connaît, en qui il a confiance, et dont il a vraisemblablement validé la candidature. L'archevêque a d'ailleurs lui-même présenté son futur collaborateur aux fidèles, lors d'une visite pastorale, dans la joie et la disponibilité. Pas franchement le tableau d'un prélat sous surveillance.


La logique est limpide : libérer Fulgence Muteba pour Rome

Président de la CENCO et archevêque métropolitain d'un territoire de 61 828 km² en forte croissance démographique, Mgr Muteba apporte à Rome une expertise forgée au cœur des crises de la RDCongo. Ses nouvelles responsabilités curiales exigent une disponibilité que sa charge locale, à elle seule, ne saurait absorber. L'auxiliaire résout l'équation : Mgr Muteba peut désormais honorer ses deux missions — kinoise, romaine et lushoise — sans que Lubumbashi soit privé de pilotage.


La réponse aux calomniateurs : cinglante et sans appel

Il faut rappeler le décor. En janvier 2026, une fausse information avait circulé sur les réseaux sociaux, affirmant que Mgr Muteba avait été « suspendu » par le Pape Léon XIV. Le bobard, démenti dès le lendemain par la presse spécialisée, s'inscrivait dans un ensemble plus vaste : campagnes de dénigrement orchestrées depuis les officines du régime, montages photographiques, accusations de connivence avec Kigali, menaces à peine voilées contre des paroisses catholiques. Bref, la grammaire ordinaire des pouvoirs en mal d'arguments.

On saluera la créativité. Le résultat, lui, est désormais connu : en l'espace de trois semaines, le même Pape que l'on disait « furieux » contre Muteba lui accorde une fonction au cœur de la Curie et renforce son archidiocèse avec un auxiliaire issu de ses propres rangs. Pour une suspension, c'est raté. Pour une démonstration de confiance pontificale, c'est réussi.


Ce que tout cela signifie

En nommant Mgr Fulgence Muteba à Rome, puis en dotant Lubumbashi d'un premier évêque auxiliaire choisi parmi ses plus proches collaborateurs, Léon XIV envoie un message sans équivoque aux acteurs congolais et internationaux : l'Église catholique en RDCongo n'est pas à neutraliser, elle est à écouter. Et son archevêque le plus vocal n'est pas en disgrâce — il est en mission.

Le régime de Kinshasa avait fait de Mgr Muteba sa bête noire. Rome en a fait son envoyé. Entre les deux, le peuple congolais lit, observe, retient.

Ceux qui espéraient le contraire devront chercher un autre plan. À supposer qu'il en existe un.

 
 
 

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