Pétition pour le changement de la Constitution : Fifi Masuka livre le Katanga à Félix Tshisekedi
- mutambak96
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Dernière mise à jour : il y a 8 heures

Dans le récit biblique, Dalila est la femme qui partage la couche de Samson, le colosse invincible, champion du peuple d’Israël. Elle le caresse, elle l’endort, elle lui arrache le secret de sa force, puis elle le livre aux Philistins contre une poignée de pièces d’argent.
Samson est enchaîné, aveuglé, humilié. Il ne tombe pas au combat. Il tombe par la main
de celle qui aurait dû le protéger.
Le Katanga a sa Dalila. Elle s’appelle Fifi Masuka Saini. Gouverneure du Lualaba, elle a entrepris de collecter les signatures de sa propre province pour le changement de la Constitution voulu par le président Félix Tshisekedi. En échange, elle obtient la protection du pouvoir central et son maintien à la tête d’une province qu’elle pille. Voilà le pacte. Voilà la trahison. Fifi Masuka ne gouverne pas le Katanga. Elle le livre.
Le trophée de Tshisekedi
Car il faut comprendre ce que ces signatures représentent. Le Katanga n’est pas n’importe quelle province. C’est la province de Moïse Tshombe, celle qui a osé faire sécession. C’est la terre de Godefroid Munongo, gardien intransigeant de la souveraineté katangaise. C’est le fief de Nguz Karl I Bond, qui a défié le pouvoir central depuis Lubumbashi. C’est le bastion de Gabriel Kyungu wa Kumwanza, qui a fait du Katanga une forteresse politique. C’est le sol où Laurent-Désiré Kabila a bâti sa marche vers Kinshasa, et celui où Joseph Kabila a enraciné son pouvoir pendant dix-huit ans. C’est la province de Moïse Katumbi, qui incarne encore aujourd’hui une opposition
irréductible à la dictature.
Obtenir les signatures du Katanga, pour un leader kasaïen, ce n’est pas collecter des paraphes sur une pétition. Pour Félix Tshisekedi, c’est infiniment plus ! C’est un trophée brandi au monde entier et particulièrement à Donald Trump qui pourrait s’opposer à ce changement de Constitution dans un pays où il veut le monopole des minerais stratégiques via le corridor de Lobito.
Pour ceux qui connaissent l’histoire du Congo marqué par la rivalité séculaire entre le Kasaï et le Katanga, c’est la soumission symbolique de la province la plus rebelle, la plus riche, la plus fière du Congo, celle qui n’a jamais plié devant personne. Faire signer le Katanga, c’est accomplir ce qu’aucun pouvoir central n’a jamais réussi : mettre à genoux la terre de Tshombe et de Kabila, non par les armes, mais par la ruse et la complaisance d’une gouverneure qui livre sa propre province. Ce serait historique. Ce serait sans précédent. Et c’est exactement ce que Fifi Masuka est en train de réaliser.
La duplicité du président
Devant les partenaires internationaux et les diplomates, le président Tshisekedi tient un discours de prudence. Il affirme ne pas vouloir toucher à la Constitution. Il rassure. Il temporise. Il nie toute volonté de révision. Il déclare que ce sont ses opposants qui parlent d’un troisième mandat, pas lui. Mais dans le même temps, une tout autre réalité se construit en silence. Un bureau de coordination est structuré autour d’Adolphe Lumanu, avec pour mission d’organiser, d’encadrer et d’étendre la collecte des signatures à travers le pays et au sein de la diaspora. À ses côtés, Godard Motemona, Wivine Moleka et Jean-Charles Okoto participent à cette entreprise de mobilisation systématique. Au Kasaï-Oriental, 1 312 000 signatures ont déjà été récoltées. Des pétitions de 100 000 signatures sont déposées à l’Assemblée nationale. La machine tourne à plein régime.
D’un côté, un président qui rassure le monde. De l’autre, une administration entière qui travaille à fabriquer le consentement populaire. Le discours de prudence est un leurre. La collecte des signatures est la vérité. La duplicité n’est pas un accident. Elle est la méthode.
Le zèle de Fifi Masuka
Dans les provinces, les gouverneurs sont sollicités, activés, enrôlés. Fifi Masuka ne se contente pas de relayer. Elle se distingue par son zèle. Comme Dalila qui caresse Samson avant de le livrer, elle endort la vigilance du Katanga. Elle organise. Elle mobilise. Elle démontre.

Les faits sont précis et vérifiables. Fifi Masuka et son parti, le FIDEC, se sont portés garants pour conduire la mobilisation en vue de la collecte des 100 000 signatures nécessaires au processus de révision constitutionnelle. Le FIDEC a convoqué un congrès pour lancer officiellement l’opération, baptisée sans détour « Récolte des signatures ». Cette dynamique s’inscrit dans une coordination élargie impliquant notamment Mardochée Nsele, président de la jeunesse du FIDEC, et Patrick Onoya. Le dispositif est en place. Les ordres sont donnés. La machine est lancée. Chaque signature transmise à Kinshasa est un signal politique. Chaque liste remise est une preuve d’allégeance. Son engagement ne relève pas d’une conviction. Il répond à un impératif de survie. Plus l'allégeance est visible, plus la position se consolide. Plus le soutien est démonstratif, plus la protection est assurée. La gouvernance se réduit à une équation simple : servir pour durer. Signer pour rester. Trahir pour survivre.
Dalila ne trahissait pas Samson par haine. Elle le trahissait par intérêt. Fifi Masuka fait exactement la même chose avec le Katanga.
Une province pillée en silence
Et le Lualaba, dans cette équation, n’est plus une finalité. Il devient un instrument. Car la province que Fifi Masuka livre politiquement, elle la dépouille en même temps économiquement. Le Lualaba est le cœur minier de la RDCongo. En 2024, ses mines ont produit 1,8 million de tonnes de cathodes de cuivre. La RDC est devenue le premier producteur mondial de cobalt avec près de 199 000 tonnes, dont l’essentiel sort des entrailles du Lualaba. Le budget provincial pour 2025 approche le milliard de dollars, en hausse de 57 % par rapport à l’exercice précédent. On parle d’une terre qui pèse des milliards de dollars. Et pourtant, les chiffres de la rétrocession parlent d’eux-mêmes. En 2023, sur les quelque 27 millions de dollars collectés en redevances minières dans le Lualaba, à peine 6 millions ont été effectivement rétrocédés aux autorités provinciales. Aucune allocation n’a été versée aux communautés locales. La province ne récupère que 4,2 % des montants qui auraient dû lui être rétrocédés à la source. Le peuple du Lualaba produit la richesse. Il n’en voit pas la couleur. Le pouvoir s’y exerce comme un bien privé. Les fonctions publiques y deviennent des extensions familiales. Fifi Masuka a nommé son propre fils, Jeffrey Masuka, ministre provincial des Transports et Voies de communication. La famille s’est installée aux leviers stratégiques de la province. Des entreprises comme Emmanuel, Naïsa Engineering, Sabbahot et Éden Service reviennent de manière récurrente dans l’attribution des grands marchés provinciaux, avec des allégations de paiements intégraux pour des travaux incomplets ou inexistants. Une coopérative minière liée au sommet de la province opère en marge des règles fiscales et légales. Ce n’est pas une dérive. C’est une organisation. Ce n’est pas un accident de gouvernance. C’est une architecture. Et c’est cette architecture que Tshisekedi protège, en échange des signatures.
Le théâtre des larmes
Devant les élus provinciaux, Fifi Masuka verse des larmes de crocodile. Elle évoque les pressions de Kinshasa. Elle explique que les fonds du Lualaba sont aspirés par le pouvoir central. Elle se présente en gouverneure contrainte, presque victime, presque impuissante. La vérité est ailleurs. Car dans le même temps, elle obéit. Elle exécute. Elle accompagne. Elle ne résiste pas du système. Elle en est un rouage essentiel. Elle pleure devant les élus et s’agenouille devant le pouvoir. Les larmes sont une mise en scène. L’allégeance est le vrai spectacle. Dalila aussi pleurait devant Samson. Elle lui reprochait de ne pas l’aimer assez, de ne pas lui faire confiance. Et Samson, à force de larmes, a fini par céder son secret. Ce double jeu n’est pas une stratégie de survie. C’est une méthode de gouvernement. On s’apitoie devant le parlement provincial pour mieux se prosterner devant la présidence.
Le prix du silence
Pendant que ces opérations se déploient, les questions essentielles demeurent sans réponse. Où vont les ressources du Lualaba ? Qui décide de leur affectation ? Pourquoi une province qui produit des milliards de dollars de cuivre et de cobalt n’arrive-t-elle pas à construire des nfrastructures dignes de ce nom ?
Le silence qui entoure ces questions n’est pas anodin. Il est le prix payé par le Katanga pour la survie politique de ceux qui prétendent le gouverner. Plus on sert le pouvoir central, moins on rend de comptes au peuple. Le silence est le corollaire de la servitude. La richesse ne sert pas les habitants du Katanga. Elle sert de monnaie d’échange dans un marché politique où les signatures valent plus que les routes, les écoles ou les hôpitaux.
La chute de Samson
Le Katanga n’a jamais été une terre de soumission. C’est une terre de mémoire, de caractère et de fierté. Il ne se réduit pas à une réserve politique que l’on active au gré des besoins du pouvoir central.
Fifi Masuka n’est pas seulement une gouverneure contestée. Elle est devenue le symbole d’un choix. Celui de l’alignement contre la responsabilité. Celui de la loyauté politique contre la défense des intérêts provinciaux. Celui du calcul personnel contre le bien commun. En engageant le Lualaba dans une opération d’allégeance politique, elle a franchi une ligne. Elle a transformé une province en argument. Elle a substitué à la voix d’un peuple la mécanique d’un dispositif. Elle a vendu les signatures du Katanga contre son maintien au pouvoir. Mais dans le récit biblique, l’histoire ne s’arrête pas à la trahison de Dalila. Samson, enchaîné et aveuglé, retrouve sa force une dernière fois. Il fait s’écrouler le temple des Philistins sur leurs propres têtes. Le Katanga n’est pas encore aveuglé. Le Katanga n’est pas encore enchaîné. Et ceux qui prétendent le vendre feraient bien de se souvenir de la fin de l’histoire.
On peut administrer une province. On ne peut pas en disposer. On peut gouverner un territoire. On ne peut pas le brader. Et l’histoire, toujours, finit par rappeler cette évidence. Ceux qui ont vendu le Katanga devront un jour en répondre. Non pas devant le pouvoir qui les protège, mais devant le peuple qui les observe. Et le peuple du Katanga, comme Samson, finit toujours par se relever




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