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Frères, cousins, cousines: anatomie de la mafia familiale Tshisekedi

  • Photo du rédacteur: mutambak96
    mutambak96
  • 13 janv.
  • 6 min de lecture

Quand un contentieux bancaire à 4 milliards de dollars devient une affaire de famille



Un procès à 4 milliards de dollars intenté devant les tribunaux américains par la société fintech PayServices place le président Félix Tshisekedi dans une position délicate vis-à-vis de Washington. À la suite de l’échec d’un contrat de numérisation de l’État congolais, la société dénonce des violations contractuelles et des tentatives de corruption impliquant plusieurs hauts responsables congolais. Cette bataille judiciaire embarrasse le chef de l’État alors qu’il cherche à obtenir le soutien des États-Unis sur les questions de sécurité régionale. En parallèle à l'enquête d’Africa Intelligence, des informations de première source donnent des détails édifiants.


Le 4 décembre 2025, à Washington, Félix Tshisekedi posait aux côtés de son homologue américain Donald Trump, dans une mise en scène soigneusement calibrée de rapprochement diplomatique. L’image, diffusée par les agences internationales, devait symboliser un alignement stratégique. Quelques semaines plus tard, elle apparaît rétrospectivement comme le contrepoint ironique d’un dossier devenu explosif.



Car au même moment, dans les couloirs feutrés de la justice fédérale américaine, une plainte d’une ampleur inédite prenait corps. Déposée par la société fintech PayServices, basée dans l’Idaho et dirigée par Lionel Danenberg, elle accuse l’État congolais d’avoir violé des accords conclus début 2024 visant à numériser les institutions publiques et à mettre en place une infrastructure nationale de paiements électroniques.


Le contrat devait générer plus de 8 milliards de dollars de revenus annuels. PayServices estime avoir perdu plus de 90 millions de dollars d’investissements après avoir conclu une série de protocoles d’accord avec l’État congolais, considérés par elle comme des contrats à part entière.


Dans sa plainte déposée devant la Cour fédérale de l’Idaho, PayServices évoque non seulement un « sabotage » du projet, mais aussi des tentatives de corruption et des interférences directes de ministres et de conseillers présidentiels.


Contacté par Africa Intelligence, le gouvernement congolais a rejeté en bloc ce qu’il a qualifié « d’accusations infondées ». Les noms cités dessinent pourtant une cartographie précise du sommet de l’État. Figurent notamment dans la plainte : Julie Mbuyi Shiku, ministre du Portefeuille ; Doudou Fwamba Likunde, ministre des Finances ; Anthony Nkinzo Kamole, directeur de cabinet du président ; André Wameso, gouverneur de la Banque centrale du Congo ; et Célestin Mukeba Muntuabu, directeur général de la Caisse générale d’épargne du Congo (CADECO).


Tous ces responsables, y compris le chef de l’État lui-même, avaient été destinataires d’une « mise en demeure précontentieuse formelle » transmise par les avocats de PayServices avant le dépôt de la plainte.


PayServices réclame 4 milliards de dollars

Avant d’en arriver à une action judiciaire, PayServices a tenté de résoudre le différend à l’amiable. Le 13 novembre 2025, le cabinet d’avocats Parker Sanchez & Donnelly, basé à Houston (Texas), a envoyé une série de courriers proposant deux options pour éviter la procédure judiciaire : reprendre le projet initial contre un paiement de 470 millions de dollars, ou opter pour un règlement à l’amiable contre 650 millions de dollars, soit environ la moitié de ce que PayServices estime avoir perdu ou aurait pu gagner.


Les autorités congolaises ont répondu qu’elles « regrettaient des pressions et intimidations » et que les propositions n’avaient « pas été dûment notifiées aux autorités de l’État ».


Faute de réponse dans les délais impartis, la société américaine a saisi la justice américaine et réclame désormais 4 milliards de dollars de dommages et intérêts à l’État congolais.


De l’ambassade de Washington à la SCPT

La relation entre PayServices et Kinshasa a débuté à Washington le 6 décembre 2023, lors d’une première rencontre à l’ambassade de la RDC entre Danenberg et Ange Pabolangi, conseiller à la présidence. Ce dernier a invité l’entrepreneur américain à l’investiture de Tshisekedi pour son second mandat en janvier 2024. Six jours plus tard, PayServices signait un accord d’exclusivité avec la CADECO, représentée par Juliette Mbambu Mughole.


À la demande du président, une réunion a ensuite été organisée avec Nicolas Kazadi, alors ministre des Finances, afin de valider le projet. En mars 2024, plusieurs mémorandums d’accord ont été signés avec les ministères de la Santé, des Personnes vivant avec handicap, du Numérique, du Portefeuille, ainsi qu’avec la Société congolaise des postes et télécommunications (SCPT).


La société américaine affirme avoir investi 72 millions de dollars dans le déploiement de sa technologie au sein de la CADECO. Face au refus de la Banque centrale du Congo de débloquer les 20 millions de dollars dus à PayServices pour la première phase du projet, l'entreprise saisit l’ambassade des États-Unis à Kinshasa, qui adresse un courrier à la présidence le 22 mai 2024, confirmant la bonne foi de l’entreprise. Deux mois plus tard, une délégation congolaise est reçue dans les locaux de PayServices, en Floride et dans l’Idaho


La Banque Cenrale du Congo refuse de payer et n'en démord pas. À sa tête se trouve alors Marie-France Malangu Kabedi Mbuyi. Son départ, suivi de sa nomination à la direction générale de la Caisse générale d’épargne du Congo (CADECO), suscite l’étonnement général. À la lumière du dossier PayServices, cette reconversion apparaît aujourd’hui comme un déplacement stratégique : une manière d’écarter une gouverneure devenue réticente à concrétiser certains engagements sans contrepartie, tout en la maintenant dans le périmètre du pouvoir financier.


Tentatives de corruption et implications personnelles

Dans sa plainte, PayServices accuse Julie Mbuyi Shiku, alors directrice de cabinet adjointe au ministère des Finances et cousine du président, d’avoir bloqué le transfert des 20 millions de dollars et exigé une commission de 10 %, soit 2 millions d’euros, pour débloquer le paiement. Cette demande, qui aurait été formulée en personne et en présence de témoins, aurait été refusée par la société américaine, qui affirme disposer de preuves pour les tribunaux américains.


En septembre 2024, les dirigeants de PayServices rencontrent à New York le nouveau ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, également cité dans la plainte pour tentative de corruption en présence d’un témoin.


Une autre demande de pot-de-vin que la justice américaine examine aurait été formulée par Aphy Badaga Mubagwa, conseiller économique et financier du président. Le directeur de cabinet présidentiel, Anthony Nkinzo Kamole, est soupçonné d’avoir, de concert avec le ministre des Finances, entravé une rencontre prévue à New York avec le président Tshisekedi.


Les liens familiaux et la gouvernance du régime

L’un des aspects les plus troublants de cette affaire est la présence, à des postes stratégiques, de plusieurs acteurs liés par des liens familiaux. Julie Mbuyi Shiku, Sandra Tshibonge Mbiye, Thierry Tshisekedi et Félix Tshisekedi sont cousins germains issus de la même lignée familiale – celle de Marthe, la mère du président. Cette proximité, combinée à leur implication dans la gestion de ce dossier, met en lumière un modèle de gouvernance où l’État, les opportunités économiques et les liens familiaux se confondent.


Avant que l’affaire ne devienne judiciaire, Thierry Tshisekedi s’était rendu à Mar-a-Lago, en Floride, à la veille de l’investiture de Donald Trump, et avait pris contact avec Ron DeSantis et Marco Rubio, suscitant l’espoir d’une issue politique. Pour Lionel Danenberg, cette séquence nourrissait l’espoir d’une issue politique. Mais Félix Tshisekedi, selon plusieurs sources, choisit de contourner cette approche, croyant pouvoir accéder directement au président américain. Cette tentative échoue et désorganise les efforts de désescalade


Corruption, rupture de parole, comparaison avec Maduro

C’est dans cette configuration que l’affaire a basculé vers une phase judiciaire complète. Pour PayServices, la stratégie de contournement, l’échec des tentatives politiques et, surtout, le refus répété de respecter des engagements après d’importants investissements financiers ont fait de la justice le seul recours possible. La société affirme avoir été la cible d’une tentative coordonnée d’extorsion et d’éviction du marché, conduisant à la décision de transmettre l’intégralité du dossier aux tribunaux américains, à la Maison-Blanche et au Département d’État.


C’est toutefois un épisode précis qui marque le point de non-retour et précipite la judiciarisation complète du dossier : la tentative d’éviction pure et simple de PayServices au profit d’une autre société. Selon les éléments versés au dossier et recoupés par Africa Intelligence, Sandra Tshibonge Mbiye, alors à la tête de la SCPT, aurait cherché à rompre les engagements pris afin de confier le marché à une compagnie concurrente, après que le système eut tenté d’extorquer des pots-de-vin à la société américaine.


Pour PayServices, qui avait déjà engagé des investissements massifs, cette manœuvre constitue une rupture définitive : non seulement la parole donnée n’était pas respectée, mais le projet devait être confisqué au bénéfice d’un autre opérateur, une fois les rentes informelles prélevées. C’est cette combinaison — corruption, rupture contractuelle et tentative d’éviction — qui conduit l’entreprise à saisir pleinement la justice américaine et à internationaliser l’affaire.


À ce stade, la judiciarisation n’est plus un choix stratégique, mais une conséquence logique. Elle révèle ce que beaucoup décrivent désormais comme l’ADN du régime Tshisekedi : une gouvernance où la corruption n’est pas un accident, mais un mode opératoire, et où la parole de l’État se dissout dans les intérêts d’un cercle familial.


Dans certains cercles de Washington, cette dérive est aujourd’hui comparée sans détour à celle du Venezuela de Nicolás Maduro — non pour des raisons idéologiques, mais parce qu’elle renvoie à la même captation du pouvoir, des ressources et des institutions par un clan.


 
 
 

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