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  • mutambak96

De la pègre bruxelloise au gouvernement congolais, Didier Budimbu ou le miracle du petit génie blanc



A Dubaï, Didier Budimbu s’est adressé à un parterre d’hommes d’affaires émirati pour vendre le pétrole congolais. Qui est cet homme qui en quelques mois est devenu un homme-clé du régime de Kinshasa ? L’histoire de Didier Budimbu vaut le détour tant ce destin ressemble à celui de tous les nouveaux tenants du pouvoir au Congo.

Ce lundi 21 mars, Didier Budimbu, le ministre des Hydrocarbures de la RDCongo présente à Dubaï, les projets et les opportunités d’investissements de son pays. Le ministre congolais fait preuve de séduction devant un parterre d’hommes d’affaires réunis au sein du patronat des Emirats d’Arabe Unie. Il explique aux investisseurs émiratis que la RDCongo regorge un potentiel énorme dans le domaine des hydrocarbures qui ne serait exploité qu’à moins de 5% à ce jour.

Fort de l’appui du Président Tshisekedi, le ministre Budimbu lance l’appel d’offres de 16 blocs pétroliers sélectionnés dans les trois bassins sédimentaires du Congo. Il s’agit du bassin côtier d’environ 6.000 km2, le bassin de la cuvette centrale avec 8.000 km2 ainsi que du bassin de la branche Ouest du Rift East African d’environ 50.000km2.

Des milliards de dollars US en jeu

La guerre en Ukraine a renchéri le prix du baril de pétrole qui atteint des sommets historiques au-delà de 120 USD/Baril. En Afrique de l’Est, le groupe Total et son partenaire chinois exploitent la partie Est de l’Albertine sur le sol ougandais. Près de 250.000 barils/jours devraient être produits au bénéfice de l’Ouganda qui devient une puissance pétrolière dans la Région. La RDCongo tarde à démarrer. Trop d’insécurité et d’instabilité détournent les pétroliers du géant africain. A moins que l’opération de charme conduite par le ministre du Pétrole congolais aboutisse.

Un parcours mouvementé

Mais qui est cet homme qui en quelques mois est devenu un homme-clé du régime de Kinshasa ? L’histoire de Didier Budimbu vaut le détour tant ce destin ressemble à celui de tous les nouveaux tenants du pouvoir au Congo.

Diplômé d’Etat d’une petite école de Ma Campagne, à Kinshasa, rien ne prédisposait Didier Budimbu à devenir le tout puissant ministre du Pétrole du Congo Démocratique.

En 2005, l’homme issu d’une famille kinoise modeste débarque en Europe. Il a 32-33 ans. A l’image des jeunes de Kinshasa, Budimbu vit de débrouillardise. Sa mère l’assiste quand les petites « cop » de son fils (entendez petites affaires) tardent à produire leurs effets. Par l’entremise des circuits de certains de ses amis congolais installés en Belgique, Didier Budimbu obtient assez rapidement une carte de résident de 5 ans. Il n’a plus l’âge de faire des études et manque cruellement d’expérience pour espérer trouver du travail. Il s’insère donc rapidement dans le milieu et vit de combines à la marge de la loi.

Suivi par les services de police, Didier Budimbu est rapidement repéré. Sa chute n’est pas glorieuse. Suite à une escroquerie sur un citoyen belge, Didier Budimbu accomplira 9 mois de détention à la prison de Forest à Bruxelles. Son casier judiciaire s’étoffe. Il se voit obliger de porter un bracelet électronique pendant 6 mois.

Sur ces entre-faits, père de 7 enfants, Didier Budimbu, qui s’est d’abord installé dans la province de Liège, déménage pour Grimbergen. Il appâte plusieurs connaissances belges en leur proposant de l’or du Congo. En réalité, c’est tout un réseau d’escrocs congolais qui travaillent plusieurs « clients ». L’une des victimes se serait suicidée. L’affaire continue de susciter la controverse. Aujourd’hui le ministre du Pétrole congolais porte un passé sulfureux.

Dans le milieu de l’opposition politique qui végète à Bruxelles, Didier Budimbu va tisser les relations qui vont le propulser vers les sommets du pouvoir en RDCongo. En octobre 2018, lors des assises de Genève où l’opposition doit se choisir un candidat unique, Didier Budimbu est déjà bien installé dans le décor. Il a noué des relations de confiance avec Félix Tshisekedi et son épouse Denise Nyakeru. Les temps sont difficiles pour les Tshisekedi. Souvent en manque d’argent, le fils du sphinx vit de dépannage de ses amis « frappeurs » et de petits boulots dans la restauration rapide et la livraison de colis à domicile. Pas de quoi mener grand train ! Avant de s’envoler pour Genève, Didier Budimbu donne 24.000 euros à son ami Félix. Ce montant va changer le destin du petit écolier de Ma Campagne.


Le petit "génie blanc"

Un rapide flash-back sur la première rencontre entre Félix Tshisekedi et Didier Budimbu éclaire la nature de la relation entre les deux hommes. Budimbu a toujours affiché des ambitions politiques. En RDCongo, c’est la voie indiquée pour un enrichissement facile tant le monde politique est gangrené par la corruption. Le vol et les détournements sur fonds de trahisons et de reniements y sont la norme tolérée par une population réduite à la subsistance et au fatalisme.

A partir de Belgique, parallèlement à ses activités criminelles, Didier Budimbu décide de créer un parti politique en RDCongo. Il veut s’allier avec l’UDPS. Par la voie d’un ami commun, il fait la connaissance de Vidye Tshimanga, un autre Congolais affiché dans la pègre congolaise qui écume la France et la Belgique. Vidye Tshimanga fait lui déjà partie des intimes du couple Tshisekedi. Connu par la police belge et française pour avoir intégré un réseau mafieux de voitures volées, Tshimanga sort régulièrement Félix Tshisekedi des difficultés financières. Sur insistance de Didier Budimbu, il le présente à Félix Tshisekedi. La Dynamique de Fatshi en Belgique prend corps sur fonds du rassemblement d’escrocs et d’individus dont les casiers judiciaires ont depuis longtemps perdu leur virginité. Dans cet aéropage aux allures invraisemblables, certains vivent de l’aide sociale du CPAS, d’autres s’entraident par des petits boulots, la plupart vivent de petits coups arrosés dans les bars nocturnes d’Ixelles. Dans ce petit monde, Didier Budimbu se détache par sa personnalité. On lui affuble le sobriquet de « petit génie blanc ».

La « Sheila connection »

Pendant le deuil d’Etienne Tshisekedi, Didier Budimbu s’accroche à son fils. Il est devenu un véritable disciple de Denise Nyakeru. La négociation et la désignation inespérée de Félix Tshiseketi par son prédécesseur est une aubaine pour la bande à Fatshi. Elle ouvre la porte du Gouvernement et de la Présidence à la pègre bruxelloise. Jamais ces Congolais de Matonge ne pouvaient rêver d’arriver à un tel statut dans la société congolaise.

Histoire extraordinaire. Avant que Félix Tshisekedi ne parte au Kenya pour nouer son accord avec Vital Kamerhe et engager sa campagne présidentielle, le dernier rendez-vous entre Didier Budimbu et Félix Tshisekedi se déroule dans une bar. Gabriella, la tenancière du bar, entretient des relations très amicales avec Félix Tshisekedi. C’est là où les amis de Fatshi ont leurs habitudes et où ils préparent leur petits coups. Le siège social de cette petite entreprise s’appelle le « Sheila » au 61 chaussée de Charleroi dans la commun bruxelloise de Saint-Gilles, non loin des murs de la prison bien connue de Didier Budimbu.

Le 30 décembre 2018 et les semaines qui suivront, c’est le destin qui frappe à la porte du petit réseau de Gabriella, Vidye, Denise et Félix Tshisekdi. Finis les files aux guichets du CPAS, les boulots payés un salaire de misère et les petits coups ! Désormais, l’heure est au coup le plus monstrueux de leur vie : vider les caisses du Congo…

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