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  • mutambak96

Tshisekedi, Kazadi et Alingete font main basse sur la manne pétrolière katangaise


Au Katanga, sous couvert de la dénonciation d’un réseau de fraude et de contrebande protégé par de hauts cadres des douanes, se joue un monopoly géant dans le partage du gâteau de la distribution du pétrole. Derrière la décision de suspendre les responsables des douanes se cache en effet la volonté du pouvoir de Kinshasa de prendre le contrôle du secteur des importations des produits pétroliers, de le confier à des amis étrangers et celle de remplacer les cadres de la DGDA par des coreligionnaires fidèles au pouvoir. Ce sont 100.000 m3 de produits sur lequel une poignée d’individus veut faire main basse.

La vraie lumière ne se décolore pas dit-on. Pas plus que les vraies sources n’ont besoin d’être rafraîchies ! Quand il est question de trafics, de corruption et de détournements de l’argent de l’Etat congolais, ces principes prennent leur pleine dimension. Particulièrement au Katanga où le ministre des Finances Nicolas Kazadi, flanqué de l’Inspecteur Général des Finances – Chef de Services, Jules Alingete Key, de Jean-Baptiste Kongolo, Directeur général a.i. des Douanes, de Célestin Twite, secrétaire général à l’Economie Nationale et de Mme Georgine Selemani, Directeur général a.i. du Fonds National d’Entretien Routier, vient d’effectuer une descente punitive. Le patron des finances vient d’ordonner la suspension immédiate de tous les responsables douaniers pour « fraude et contrebande pétrolières ».

Pour rappel, il y a trois mois, l’IGF avait démarré des enquêtes dans les entreprises publiques, SNCC, Gécamines, DGI, DGDA et DGRAD dans le Haut Katanga et le Lualaba. Les Inspecteurs des Finances avaient été instruits d’encadrer les dépenses des gouverneurs des deux Provinces, de procéder au contrôle des régies financières en suivant en particulier les importations de cigarettes, de tabac et de carburant. Quelques semaines avant ces enquêtes, en mai dernier, le ministre des Hydrocarbures, Didier Budimbu, avait déjà lui aussi promis de lancer un audit face à la fraude à l’importation de produits pétroliers à Kasumbalesa.

Auréolés de leur toute fraîche réputation de justiciers sans peur ni reproches, le ministre Nicolas Kazadi et l’Inspecteur Général Alingete viennent de demander au directeur général a.i. de la DGDA de mettre, toutes affaires cessantes, hors d’état de nuire les responsables des douanes qui couvrent la fraude et la contrebande dans le secteur pétrolier. Il est vrai que des pratiques connues de tous ont fait la fortune de plusieurs douaniers indélicats. Aux frontières de l’Est et du Sud, il est fréquent que les semi-remorques qui transportent deux citernes de carburant n’en déclarent qu’une. Contre quelques milliers de dollars payés, les douaniers complaisants ont pris l’habitude de fermer les yeux sur la seconde citerne de 22 m3 de carburant en provenance d’Afrique du Sud, de Tanzanie voire du Kenya.

Aujourd’hui, dans le Haut Katanga et le Lualaba, le dynamisme observé dans la production du cuivre et du cobalt a conduit à une augmentation sensible des volumes de consommation de produits pétroliers par les miniers. En 2021, la croissance congolaise qui avoisine 5,3% contre 1,7% en 2020 est largement portée par les industries extractives. Les marges de trésorerie dégagées par l’Etat ne reflètent pas la reprise de la croissance. Elles sont en grande partie absorbées par les dépenses non budgétisées par le pouvoir de Kinshasa mais également par la fraude douanière qui bat son plein au Katanga. Les Katangais attendent toujours en vain de voir les écoles, les hôpitaux, les routes, l’eau et l’électricité à leur porte.

Dans le secteur pétrolier, au-delà de la fraude couverte par les responsables des douanes, se joue un monopoly géant dans le partage du gâteau de la distribution du pétrole. Dans la Zone Sud, aux côtés du Sud-Africain Engen, d’Hyperpsaro, de Congo Petrole, de Mulycap et de Total, les Kijemba, Petrocam et autres Cobil ont pignon sur rue. Aujourd’hui, la consommation mensuelle du Katanga avoisine 100.000 m3 de produits. Avec plus de 60% du marché, Engen, Hyperpsaro, Total et Mulycap se taillent la part du lion de ces 100 millions de litres de carburant.

Sous la dictée du pouvoir, des instructions ont été lancées afin de favoriser les intérêts du Kenya au sein de la profession des importateurs de carburant. Dans cette opération, la famille Tshisekedi n’est pas en reste. Sous le couvert de Tony Kanku Shiku, un cousin à la fratrie Tshisekedi qui dispose d’entrées au sein de la famille présidentielle kenyane, une part importante du marché katangais devrait être réservée au Président Uhuru Kenyatta. Félix Tshisekedi a décidé de renvoyer l’ascenseur à son frère Uhuru Kenyatta qui n’a jamais ménagé aucun effort pour que ses pairs africains avalisent l’arrangement noué avec l’ancien président Kabila. En ouvrant les portes du marché pétrolier congolais à la famille présidentielle kenyane, Félix Tshisekedi cherche à opportunément resserrer les liens avec un allié important de la région.

Dans un message daté du 06 octobre 2021, le Directeur général adjoint Nzuka Mapengo a requis la rétention sous douane sur toute l’étendue du territoire national des produits importés par les compagnies appartenant à des sociétés congolaises ne faisant pas partie des ténors du marché. Sous la dictée de Nicolas Kazadi et de Jules Alingete Key, la mise au pas des sociétés pétrolières à majorité de capitaux congolais est engagée.

En marge des intérêts du clan présidentiel congolais, Nicolas Kazadi et Jules Alingete sont quant à eux déterminés à faciliter l’ouverture du marché à United Petroleum, filiale de Hyperpsaro. Au rayon des révélations surprenantes, un haut cadre financier de Hyperpsaro fait état qu’en qualités d’expert-comptables, Jules Alingete et son épouse avaient été, à l’époque, recrutés par le groupe grec de Lubumbashi. « Quand il a créé avec sa femme son bureau d’audit et d’experts comptable, nous avons signé un abonnement avec Jules Alingite pour nous conseiller », affirme-t-il. Il n’était pas rare, à l’époque, de voir des inspecteurs des finances ou des fonctionnaires de la DGI et des Douanes prester en dehors de leurs heures de services pour des hommes d’affaires et des sociétés privées. Jules Alingete et son épouse n’ont pas dérogé à la règle.


En RDCongo, dans le mélange des genres, on sait y faire ! Ce type de collaboration aboutit inévitablement à des protections assimilables à une forme de mercenariat en col blanc. A l’image de l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito qui n’a jamais fait secret de collaborer avec le groupe Blattner, le couple Alingete a régulièrement assuré des prestations de conseils fiscaux pour le groupe Hyperpsaro. Il n’est donc que normal qu’aujourd’hui, United Petroleum, la filiale pétrolière du groupe grec, dont la capacité de stockage avoisine 20.000 m3 de pétrole, 3000 m3 de lubrifiant et 40 camions citernes soit sous la couverture du puissant Inspecteur Général des Finances.

Sur le plan des ressources humaines, à la faveur de la mise en place attendue du nouveau personnel de la DGDA au Katanga, l’entrée en force des cadres de la DGDA identifiés par leur appartenance au même espace linguistique et culturel auquel appartiennent les hommes du pouvoir de Kinshasa va conduire à la mise à l’écart des autres cadres. A Kasumbalesa, Lubumbashi et Kolwezi, le mécontentement gronde au sein de la DGDA. Dans ce contexte d’ethnicisation, le non-paiement de la rétrocession par le gouvernement central rend les tensions encore plus fortes au sein de la communauté katangaise qui voit ses fils être systématiquement écartés des centres de décision.

A l’automne de son mandat au cours duquel le temps s’accélère et les rêves s’écroulent, Félix Tshisekedi est déterminé à jouer son va-tout en redistribuant les cartes de la manne pétrolière katangaise à ses amis kenyans. Reste à voir combien de temps cette mise en coupe réglée des recettes minières et pétrolières du Katanga sera acceptée par une population qui attend toujours voir les premiers résultats de développement promis par Kinshasa.

Bernard Mulumba


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