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  • mutambak96

Mobilisation générale contre le changement de la Constitution


C’est devenu un secret de polichinelle ! Après l’échec de la proposition de loi Tshiani qui visait à écarter ses adversaires politiques, Félix Tshisekedi veut aujourd’hui faire table rase de l’ordre institutionnel et du régime issu du Dialogue Intercongolais pour se maintenir au pouvoir. Après avoir verrouillé la CENI et le processus électoral, Félix Tshisekedi pense avoir déjà partie gagnée. Les élections organisées par la CENI de Kadima sont à ses yeux une simple formalité. Le changement de Constitution lui permettrait donc de verrouiller son pouvoir en lui permettant de diriger le pays sans opposition et de briguer deux autres mandats supplémentaires voire un mandat illimité.


A l’image de Vladimir Poutine, Félix Tshisekedi vient lui aussi d’engager sa guerre ! L’ennemi déclaré par le Chef de l’Etat Congolais est la Constitution. Un homme mène l’attaque avec fougue. Il s’agit du professeur André Mbata, l’homme de main du régime. Assisté des présidents des deux chambres, du président du Conseil d’Etat, d’un panel de professeurs d’université et quelques députés et sénateurs, le professeur Mbata mène la danse. A ses yeux, tout est bon pour jeter la Constitution à la poubelle. Ni plus ni moins ! A quelques mois de la fin de son mandat, Félix Tshisekedi a choisi d’en finir avec la Loi Fondamentale adoptée par référendum en décembre 2005 par plus de 85% de la population congolaise.


Tout est la faute de la Constitution


En réalité, pour le Chef de l’Etat congolais, tout est bon pour se maintenir au pouvoir. Y compris remettre en question l’ordre qui depuis près de 20 ans garantit la paix au Congo.


Sous prétexte que la Constitution n’est pas respectée, André Mbata a donc décidé que le temps est venu d’en changer. Pour couvrir son projet d’un voile d’argumentation politico-juridique douteux, le professeur Mbata affirme qu’il faut mettre un terme à l’inadéquation entre les dispositions de la Constitution du 18 février 2006 et le vécu politique congolais. Selon le constitutionnaliste préféré du régime, cette inadéquation expliquerait l’échec de Félix Tshisekedi. Après Joseph Kabila et les FCC, le pouvoir semble avoir trouvé une nouvelle victime expiatoire pour expliquer ses errements.

En réalité, à l’approche de la fin de son premier mandat et confronté à un bilan calamiteux, le Chef de l’Etat congolais emboîte le pas à son prédécesseur qui avait lui aussi à l’époque caressé l’espoir de changer la loi fondamentale. Mal lui en avais pris puisque la levée de bouclier déclenchée contre lui fut générale. Les observateurs ont noté que le peuple congolais est prêt à tout accepter sauf à transiger avec la Loi Fondamentale. D’autant que le projet de Félix Tshisekedi tout comme celui de Joseph Kabila hier dégage la nauséabonde odeur de la manipulation politique pour des visées de conservation de pouvoir.


En apprenti-sorcier, dans un colloque organisé le 18 février dernier, le président de la PAJ, l’honorable André Mbata s’est avancé à découvert en considérant que la Constitution est renouvelable puisqu’elle prévoit les modalités de sa révision. En thuriféraire du régime, le professeur de droit qui autrefois avait défendu bec et ongles le maintien de la Constitution contre les velléités de Joseph Kabila d’en changer, retourne aujourd’hui sa veste. « Le peuple étant le souverain primaire, il peut décider de changer même ce qui est considéré comme intangible dans la Constitution actuelle, soit l’article 220 » clame-t-il haut et fort.

Félix Tshisekedi veut donc faire table rase de l’ordre institutionnel en faveur d’un régime présidentiel et des mandats à durée illimitée. Là où Joseph Kabila a échoué, son successeur croit pouvoir réussir à faire avaler la pilule aux Congolais.


Bien entendu, les réactions ne se sont pas fait attendre. Dans le monde politique, l’opposition a immédiatement réagi. Récemment, Delly Sesanga s’est lui prononcé sans ambages contre les manœuvres du pouvoir. Elles vont à nouveau plonger le pays dans une tension au risque d’accélérer son implosion. Au niveau de Ensemble qui milite toujours au sein de l’Union Sacrée, Olivier Kamitatu, le porte-parole de Moïse Katumbi a lui aussi annoncé les couleurs en appelant la population à rejeter tout changement de Constitution.


Dans la société civile, le CLC par la voix de son porte-parole Hervé Diakiese est lui aussi immédiatement monté au créneau. La puissante organisation catholique est déterminée à mobiliser contre le projet de Félix Tshisekedi. Dans le monde scientifique, des voix s’élèvent également contre les manœuvres du professeur Mbata, de Modeste Bahati et de Christophe Mboso. Parmi celles-ci, le professeur Kalonji a écrit une lettre ouverte à André Mbata. Dans le courrier adressé à son collègue, il relève que « La légitimité boiteuse des élus, à tous les niveaux du pouvoir, devrait interdire la représentation dite nationale d’ouvrir la boîte à pandore. Faut-il rappeler que la Constitution que vous défendiez hier bec et ongle contre les tentatives de sa révision par le pouvoir qui vous avait précédé a été adoptée à l’issue d’un référendum historique. Plus de 85% des Congolais ont massivement adopté la Loi fondamentale. Un groupe d’ambitieux ne peut s’arroger le droit d’imposer un texte rédigé en laboratoire pour conserver le pouvoir acquis frauduleusement ».




Dans ce texte particulièrement cinglant, le professeur considère que « la Charte Africaine de la Démocratie, des Élections et de la Gouvernance qui protège les peuples africains dispose que les Etats partie doivent s’assurer que le processus d’amendement ou de révision de leur Constitution repose sur un Consensus national comportant, le cas échéant, le recours au référendum ». Sans ambages, il met en garde ceux qu’il considère comme des apprentis-sorciers faute de quoi ils auront à rendre compte devant l’Histoire et le peuple congolais et que personne ne leur pardonnera.

Le projet de Félix Tshisekedi de changement de Constitution est une nouvelle épreuve pour le peuple congolais. Tout indique que la volonté de conservation de pouvoir qui anime le président congolais risque une fois de plus de s’avérer extrêmement cher. La levée de bouclier qui s’annonce contre Félix Tshisekedi pourrait à nouveau mobiliser une grande majorité de Congolais issus de toutes les couches sociales et modifier considérablement le paysage politique. Le bras de fer qui s’engage entre la société civile, l’opposition et le parlement godillot guidé par le prof. Mbata et consorts et la majorité au pouvoir laissera inévitablement des traces durables dans la société congolaise.


La question est de savoir si pour son maintien au pouvoir, Félix Tshisekedi est prêt à plonger le pays dans un nouveau cycle de violences et d’instabilités. Lui seul a aujourd’hui la réponse…

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