Martin kazembe, le gouverneur intérimaire, vend le Haut-Katanga à Félix Tshisekedi
- mutambak96
- 4 mars
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Audience à la Présidence, pacte constitutionnel et chasse au gouverneur titulaire Comment un intérimaire adoubé par Dany Banza et introduit par la Première Dame a promis au Président de lui livrer le Katanga en échange de la tête de Jacques Kyabula.
Ce lundi 2 mars 2026, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a accordé une audience à la Cité de l'Union africaine à Martin Kazembe, gouverneur intérimaire de la province du Haut-Katanga. Officiellement, cette rencontre s'inscrit dans le cadre du suivi de la gestion des provinces et de l'impulsion des politiques de développement à l'échelle locale.
Une. information circule dans les couloirs feutrés du Palais de la Nation depuis quelques jours, et elle a de quoi glacer ceux qui croyaient encore à un semblant d’autonomie provinciale en République Démocratique du Congo. Le gouverneur intérimaire de la province du Haut‑Katanga, M. Kazembe, a été reçu en audience par le président Félix Tshisekedi. Une audience qui, derrière les sourires de circonstance et les poignées de main photographiées, scelle un pacte dont le Haut‑Katanga pourrait ne jamais se remettre.
Dany Banza, l’entremetteur de l’ombre
Car cette audience ne s’est pas obtenue par les voies ordinaires de la République. Pour franchir les portes du Palais, le gouverneur intérimaire a dû recourir aux services d’un homme dont le nom revient avec une régularité troublante dans les intrigues katangaises : Dany Banza.
Dany Banza, dont les démêlés avec l’ancien gouverneur titulaire Jacques Kyabula sont de notoriété publique, n’est pas un politique ordinaire. Son principal atout ne réside ni dans son électorat, ni dans son bilan, mais dans un accès privilégié au sommet de l’État : M. Banza est réputé proche de la Première Dame, Mme Denise Nyakeru Tshisekedi. C’est par ce canal que l’audience a été arrangée. C’est par cette introduction que le gouverneur intérimaire, simple gardien temporaire d’une fonction dont le titulaire est suspendu, s’est retrouvé face au Président de la République.
Le circuit est limpide : Banza fournit l’introduction, la Première Dame ouvre la porte, et Kazembe entre avec une mission précise. Ce n’est pas de la politique. C’est du courtage.
Le pacte : une province contre une Constitution
Ce qui s’est dit derrière les portes closes de la Présidence dépasse de loin une simple visite de courtoisie. Selon des sources concordantes proches du Palais, le gouverneur intérimaire Kazembe a fait acte d’allégeance totale au président Tshisekedi. Non pas l’allégeance institutionnelle qu’un gouverneur de province doit au chef de l’État dans le cadre constitutionnel — mais une allégeance personnelle, politique, transactionnelle.
La promesse centrale : le Haut‑Katanga, première province minière du pays, appuiera sans réserve le projet de changement de la Constitution porté par le Président de la République.
Vous avez bien lu. Un gouverneur intérimaire — c’est‑à‑dire un homme qui n’a reçu aucun mandat populaire pour cette fonction, qui l’exerce par défaut en raison de la suspension du titulaire — s’engage à livrer une province entière à un projet constitutionnel dont les contours n’ont même pas encore été présentés au peuple congolais.
Un zèle qui dérange : la posture du va‑t‑en‑guerre
Les témoins de l’audience rapportent un détail qui mérite attention. M. Kazembe ne s’est pas contenté de promettre un soutien politique. Il a adopté, selon les personnes présentes, la posture d’un va‑t‑en‑guerre, garantissant au Président qu’il écarterait ou réduirait toute contestation dans sa province. Toute contestation. Le mot est lâché, et il est lourd de sens.
De quel pouvoir un gouverneur intérimaire dispose‑t‑il pour « écarter la contestation » dans une province de plusieurs millions d’habitants ? Quels moyens entend‑il utiliser ? La persuasion ? La coercition ? L’intimidation ? Quand un responsable provincial promet à un chef d’État de « réduire toute contestation », ce n’est plus de l’administration : c’est de la pacification forcée. Et le Haut‑Katanga sait, par son histoire, ce que ces mots signifient.
Le Président de la République, rapportent les mêmes sources, lui a confirmé qu’il « comptait beaucoup sur lui ». L’adoubement était complet.
Kyabula : le gouverneur titulaire condamné d’avance
Fort de ce soutien présidentiel, Kazembe a obtenu ce qui était manifestement l’objectif réel de l’audience : des assurances fermes que le gouverneur titulaire suspendu, Jacques Kyabula, ne reviendra jamais à ses fonctions.
Le plan est déjà arrêté. Lors de la prochaine rentrée parlementaire du parlement provincial du Haut‑Katanga, une interpellation sera adressée à Jacques Kyabula par voie de motion parlementaire. L’objectif : déchoir officiellement le gouverneur titulaire et procéder à son arrestation.
Relisons : son arrestation. Un gouverneur élu, suspendu par des procédures dont la régularité reste contestée, sera d’abord déchu par une assemblée provinciale aux ordres, puis livré à la justice. Le jugement précède le procès, la sentence précède l’instruction, et le bénéficiaire de l’opération est déjà installé dans le fauteuil. En République Démocratique du Congo, on appelle cela la gouvernance.
L’atout supplémentaire : la carte de l’alliance matrimoniale
Dans les couloirs de la Présidence, certains observateurs ajoutent un élément qui, dans tout autre pays, relèverait de l’anecdote mais qui, dans le sérail congolais, pèse lourd : la deuxième épouse de M. Kazembe est originaire du Kasaï. Dans un régime où les appartenances régionales déterminent les carrières plus sûrement que les compétences, ce lien matrimonial constitue, paraît‑il, un argument de poids auprès d’un président dont la famille est originaire de cette province.
Voilà donc où nous en sommes : un gouverneur intérimaire obtient une audience présidentielle par l’entremise de la Première Dame, promet de livrer sa province à un projet constitutionnel contesté, reçoit en échange la tête de son prédécesseur, et consolide sa position par un lien matrimonial jugé stratégique. La politique congolaise dans toute sa splendeur.
En arrière‑plan : les milliards du Katanga
Car il serait naïf de penser que cette opération n’est que politique. Le Haut‑Katanga n’est pas une province comme les autres : c’est le cœur minier de la République Démocratique du Congo, le coffre‑fort du cobalt, du cuivre et des minerais stratégiques qui font saliver les puissances du monde entier.
Nul n’ignore désormais que la famille présidentielle est pleinement engagée dans l’exploitation minière du Katanga, en partenariat avec des opérateurs chinois, libanais et indiens. La fortune accumulée par le clan Tshisekedi est évaluée aujourd’hui à plusieurs milliards de dollars — une ascension financière fulgurante qui interroge, dans un pays où le revenu moyen ne dépasse pas deux dollars par jour.
Contrôler le Haut‑Katanga, c’est contrôler l’accès aux richesses. Et pour contrôler le Haut‑Katanga, il faut un gouverneur docile, redevable, dépourvu de toute légitimité propre et entièrement dépendant du bon vouloir présidentiel. M. Kazembe coche toutes les cases.
Le Haut‑Katanga mérite mieux
Les Katangais observent. Ils voient un intérimaire se comporter en titulaire, un courtisan se présenter en gouverneur, un homme sans mandat populaire promettre de réduire la voix du peuple au silence. Ils voient un gouverneur élu, certes imparfait, menacé de déchéance et d’arrestation non pas pour des faits établis par une justice indépendante, mais pour avoir déplu aux véritables maîtres du jeu.
Ils voient surtout que leur province — la plus riche du Congo, celle qui devrait être le moteur du développement national — est traitée comme un butin de guerre, négocié dans les salons de Kinshasa entre un président qui veut changer la Constitution et un intérimaire qui veut garder son fauteuil.
La conclusion revient à un fonctionnaire du gouvernorat du Katanga qui, la main sur le coeur, affirme tout en gardant l’anonyma : “Le Haut‑Katanga n’appartient ni à Kazembe, ni à Banza, ni à la famille présidentielle. Il appartient à ses habitants. Et ses habitants, tôt ou tard, auront le dernier mot”.
