top of page
Rechercher

Le sceau du Kasaï, ou l'héritage dévoyé d'Étienne Tshisekedi

  • Photo du rédacteur: mutambak96
    mutambak96
  • il y a 14 heures
  • 6 min de lecture

Ce que le Sphinx avait bâti contre la dictature, son fils l'a retourné en machine à confisquer l'État. Et ce hold-up communautaire pousse aujourd'hui le pays vers l'impensable : deux Congos, deux Constitutions.


Népotisme érigé en doctrine, Constitution traitée comme un chiffon, État ravalé au rang d’héritage de famille : à un an de la sortie de scène que lui impose la loi, le pouvoir de Félix Tshisekedi joue son va-tout. Et ce va-tout porte un nom que personne n’ose prononcer tout haut: la partition du Congo.

Disons les choses sans détour, puisque l’heure n’est plus aux euphémismes. Depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi au sommet de l’État, nous assistons, mois après mois, à un hold-up méthodique : la transformation d’une République en propriété privée. Ce qui relevait hier de la rumeur, de l’impression, du soupçon, s’étale aujourd’hui au grand jour, sans pudeur ni vergogne. Le népotisme n’est plus une dérive : c’est devenu la doctrine. Le clientélisme n’est plus un travers : c’est devenu le mode d’emploi. L’entre-soi n’est plus un réflexe : c’est devenu un programme de gouvernement.

À l’approche de la fin de son second et dernier mandat, la machine s’emballe. Autour du président s’est agglutiné un cercle soudé - politiciens, hauts fonctionnaires, prélats, animateurs de la société civile, mercenaires du clavier - tous mobilisés derrière un seul mot d’ordre : tordre la Constitution pour arracher un troisième mandat. Que cette limite soit verrouillée ? On s’en moque. Qu’elle ait été scellée par référendum ? On s’en moque. Qu’elle soit la clef de voûte de tout l’édifice congolais ? On s’en moque éperdument. L’objectif prime sur la loi. Toujours. Partout.


Une annonce déguisée en hypothèse

Le 6 mai dernier, en pleine conférence de presse, Félix Tshisekedi a jeté le masque. Il se dit « prêt » à réviser la Constitution si « le peuple » le réclame. Personne n’est dupe. Ce « si » n’est pas une condition : c’est une mise en scène. Ce n’était pas une hypothèse. C’était une déclaration de guerre à la Constitution.

Le message, chacun l’a décodé : la décision est prise, le compte à rebours est lancé, et la loi fondamentale n’est plus un cadre à respecter mais un obstacle à pulvériser.

Aussitôt dit, aussitôt orchestré. Des amphithéâtres aux états-majors politiques, des officines proches du palais aux églises de réveil, des plateaux de télévision aux fermes à trolls de la diaspora, une campagne au cordeau s’est déployée. Vidéos virales, déclarations sur commande, tribunes alignées au garde-à-vous, hashtags fabriqués en série : une artillerie de propagande, lourde, huilée, disciplinée. On ne convainc pas : on matraque.


Une prise de contrôle, pas une gouvernance

Pendant ce temps, l’État se vide de l’intérieur. Dans l’administration, dans les entreprises publiques, dans les services de sécurité, une seule règle : dehors les suspects, dedans les fidèles. Dans l’armée - le cœur même de la souveraineté -, des officiers venus d’ailleurs, et notamment du Katanga, ont été remerciés au profit de profils « politiquement sûrs ». Dans les sociétés d’État, le principe est devenu mécanique : si le patron n’est pas de la maison, son adjoint, lui, le sera. Rien n’est laissé au hasard ; tout est quadrillé. Ce n’est plus une gouvernance. C’est une mainmise.

Une captation pure et simple, par un réseau qui confond le pouvoir avec la propriété, les institutions avec un patrimoine, la République avec un héritage de famille.


Le sceau du Kasaï

Et cette mainmise a un visage, une géographie, une langue. Derrière le cercle présidentiel, un ancrage perce, obstinément : le Kasaï. Regardez les nominations, une à une, à la tête des institutions, de l’administration, des entreprises publiques, des services secrets : la même matrice communautaire, culturelle et linguistique revient avec une régularité qui a depuis longtemps cessé d’être le fruit du hasard. Le sceau du Kasaï est devenu le passeport du pouvoir - et, à l’inverse, le tampon de l’effacement de tous les autres. Une province, un terroir, un clan ont posé la main sur la République et sur ses richesses, comme si le Congo tout entier était devenu leur bien de famille.

Que l’on ne se méprenne pas - chaque mot doit être pesé. Ce n’est pas le procès d’un peuple. Les Kasaïens, dans leur écrasante majorité, croupissent dans la même misère que tous les Congolais : la pauvreté frôle les 80 % au Kasaï-Central et au Kasaï-Oriental. On ne dénonce pas une communauté ; on dénonce un réseau qui prend cette communauté en otage, qui parle en son nom, qui se sert d’elle comme d’un bouclier tout en l’abandonnant dans la boue. Les premiers trahis par ce clan, ce sont les Kasaïens eux-mêmes. On a confondu un parti avec une ethnie, un homme avec une nation, un héritage avec une République.


L’intelligentsia au service d’un homme

Le plus affligeant, c’est le ralliement des clercs. Une partie de l’intelligentsia kasaïenne - des universitaires de renom, des juristes chevronnés, des renards de la politique : Mbata, Ngondankoy, Boshab, She Okitundu, Lutundula, Mende, Kazadi, Kabuya, Lumanu - a mis son savoir au service de l’injustifiable. Non pour défendre la Constitution, mais pour la contourner. Non pour protéger l’État, mais pour sacrer un homme. Non pour servir la nation, mais pour habiller la forfaiture en doctrine. Leur unique chantier : faire sauter le verrou des mandats, ces articles que la Constitution a pourtant déclarés intangibles. Quand les savants se font greffiers d’un coup de force, c’est la pensée elle-même qui abdique.


Un réseau bâti depuis trente ans

Car ce réseau ne se résume pas à une élite de salon : il plonge ses racines dans toutes les strates - le religieux, l’associatif, les droits de l’homme, la diaspora. Et il n’est pas tombé du ciel. Sa matrice remonte aux années 1990, quand le patriarche Étienne Tshisekedi prit en main l’opposition congolaise. Broyé par la répression de Mobutu, le vieux lutteur - ce Sphinx qui renaissait sans cesse de ses cendres - avait compris qu’un combat de trente ans réclamait des relais partout. Méthodiquement, il a essaimé : des milliers d’enfants du Kasaï, jeunes et étudiants, expédiés aux quatre coins du monde avec un visa d’études ou un statut de réfugié politique en poche.

Fort de son ancrage dans l’Église protestante, il a irrigué le foisonnement des églises de réveil, ces chaires d’où tonnent aujourd’hui des figures comme les pasteurs Mukuna, Lessie, Mbiye, Dalo ou Tunasi - relayés des temples aux réseaux sociaux jusqu’au cœur de la diaspora. Sur tous les continents, les communautés congolaises de l’étranger ont été quadrillées par ces réseaux kasaïens. Et, dans le sillage d’une UDPS martyrisée par la dictature, les ONG des droits de l’homme se sont elles aussi peuplées de militants kasaïens à la tête bien faite et à la voix qui porte. Le Sphinx avait forgé un bouclier contre la tyrannie ; son fils en a fait une couronne.

Voilà le retournement tragique. Ce qui fut un instrument de survie face à la dictature s’est mué en machine à confisquer le pouvoir. Tous ces réseaux - religieux, associatifs, militants, diasporiques - convergent désormais vers un seul but, affiché sans complexe : verrouiller le Congo entre les mains de Félix Tshisekedi, légataire universel de l’essaimage paternel. La résistance d’hier est devenue le verrou d’aujourd’hui.

Le drame, le voici : cet édifice patiemment dressé contre l’arbitraire sert aujourd’hui une politique du pire, qui n’apporte au Congo ni paix, ni pain, ni dignité.


Un pays, bientôt deux Constitutions ?

Et c’est ici que le calcul d’un clan devient l’affaire de tous, car il joue avec le feu de l’unité nationale. Réfléchissons une seconde. Quand un terroir s’arroge l’État, exclut les autres, distribue les postes et les rentes selon la carte d’identité communautaire, que croit-on qu’il advient des provinces écartées ? Elles cessent de se reconnaître dans cette République. Elles cessent de la défendre. Et un jour, elles cessent d’en vouloir.

L’Est swahiliphone saigne déjà, abandonné à la guerre, à l’humiliation, aux marchandages. Que reste-t-il pour le retenir dans un État dont Kinshasa est devenu la chasse gardée d’un seul groupe ? À force de vouloir tout un Congo pour un seul terroir, ce projet hégémonique prépare, mécaniquement, deux Congos pour personne : à l’ouest et au centre, un « Congo des Kasaïens » ; à l’est, un « Congo swahiliphone ». Deux drapeaux. Deux Constitutions. Deux nations là où il n’aurait jamais dû y en avoir qu’une. Quand une communauté se croit propriétaire de l’État, les autres se croient autorisées à le quitter.

Ce spectre n’est pas une invention de l’opposition. C’est le terme logique de la confiscation. L’unité congolaise n’est pas un slogan que l’on récite : c’est un équilibre fragile, quotidien, qui repose sur une promesse simple - l’égalité de tous les terroirs devant l’État. Brisez cette promesse, et vous brisez le pays.


La survie de la République

Voilà pourquoi le combat constitutionnel a changé de nature. Ce qui devait rester un débat de juristes sur l’intangibilité de quelques articles est devenu un bras de fer existentiel : d’un côté, un pouvoir et son socle communautaire prêts à dynamiter les garde-fous pour s’éterniser ; de l’autre, une résistance nationale, par-delà les provinces et les langues, debout pour le dernier rempart de la République. Défendre la Constitution, ce n’est plus chicaner sur des articles : c’est empêcher le démembrement du Congo.

Le danger est total. Ce projet n’est pas une simple dérive institutionnelle : c’est une bombe à fragmentation posée sous l’unité nationale. C’est la réduction de la patrie à un fief. C’est le reniement du pacte de 2006, ce jour où 85 % des Congolais ont scellé une Constitution que piétinent aujourd’hui ceux-là mêmes qui avaient juré de la garder. Changer la Constitution pour garder le pouvoir, ce n’est pas réformer l’État : c’est le confisquer - et, demain, le couper en deux.

 
 
 
Post: Blog2_Post

Formulaire d'abonnement

Merci pour votre envoi !

  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn

©2021 par Le Congo qu'on aime. Créé avec Wix.com

bottom of page