Rechercher
  • mutambak96

La mafia kasaïenne fait main basse sur les richesses du Katanga et de l’Ituri

Félix Tshisekedi et Fifi Masuka

Si on reconnaît un arbre à ses fruits, il faut admettre que le clan Tshisekedi qui dirige actuellement la République Démocratique du Congo n’a de comparable avec le patriarche, feu leader maximo de l’opposition, qu’un célèbre patronyme devenu pour les enfants, neveux et nièces une source confortable de revenus.

Le cas du Président Félix Tshisekedi tient autant de Docteur Jekyll que du monstrueux Mister Hyde. Côté pile, l’homme prétend combattre sans répit la corruption. En Don Quichotte des temps modernes, affublé de son fidèle serviteur l’Inspecteur Général des Finances Jules Alingeti, Félix Tshisekedi veut en découdre avec tous les voleurs. Il lui plaît de se présenter comme le sauveur de la nation dont la mission sacrée consiste à extirper le pays de la gangue de la corruption. Vital Kamerhe hier, Richard Muyej et Augustin Matata aujourd’hui, tous les anciens dirigeants sont des cibles idéales pour démontrer à l’opinion que rien ni personne ne peut arrêter la machine du changement. Félix Tshisekedi veut rendre le Congo plus propre. Malheureusement, les écuries empestent toujours. Les mauvais rapports s’accumulent. Des milliards de dollars sont octroyés à des fournisseurs ou des prestataires occultes dans des marchés publics passés de gré à gré en violation de la loi. Le train de vie de l’Etat absorbe 90% des ressources du pays. Les dépenses somptuaires des institutions et les salaires faramineux payés à la Présidence et aux chambres parlementaires étouffent les finances publiques. A telle enseigne que l’atmosphère est suffocante. Toutes les négociations font l’objet de compromissions sur fond de marchandage et de dollars. Toutefois le Président Tshisekedi n’en démord pas. Il prétend vouloir faire mordre la poussière aux corrompus.

Côté face, c’est un tout autre visage que porte le fils du sphinx. L’homme couvre en silence la plus grande opération de prédation jamais entreprise en RDCongo par un clan familial depuis l’accession du pays à l’indépendance. Il est de notoriété publique au Katanga, et particulièrement à Kolwezi que plusieurs membres de la famille présidentielle écument sans vergogne les réserves des remblais de cuivre. Depuis l’époque coloniale, ce sont près de vingt millions de tonnes de rejets accumulés dans lesquels dorment du cuivre, du cobalt et d’autres minerais rares. Ces richesses minières sont à ciel ouvert à portée de main. Hormis quelques excavatrices et des centaines de camions qui transportent les terres dans les installations de traitement détenues par des Chinois, des Indiens et des Libanais, l’exploitation des remblais n’exige aucun investissement lourd.

C’est donc au Katanga que le clan a découvert la caverne d’Ali Baba. Sans aucune autorisation de la Gécamines, la famille opère dans l’ombre d’associés chinois et libanais. Les 40 voleurs du conte des Mille et une nuits ont pour prénoms Christian, Kally, Roger, Jean-Claude et consorts. Tous sont des frères biologiques du Chef de l’Etat. Chaque jour, plus de 150 camions évacuent avec la complicité des étrangers les terres des remblais dont la teneur en cuivre est de 3%.

En sortant les calculettes, on comprend que les bénéfices engrangés sont colossaux. Les 7500 tonnes évacuées quotidiennement recèlent au minimum de 225 tonnes de cuivre. A son cours actuel dont la valeur indicative approche les 9.500 dollars/tonne, le cuivre, qui est le troisième métal le plus utilisé au monde après le fer et l’aluminium, fait la fortune des Tshisekedi. Du lever au coucher du soleil, chaque jour, les camions chargent et évacuent les minerais. Si pour le cuivre, les revenus générés s’élèvent à plus de 2.000.000 Usd/jour, en y ajoutant le cobalt et les autres minerais, la saignée opérée par les protégés du Chef de l’Etat approchent 3 millions USD/jour.

A Kinshasa, on évoque le glissement et l’extension du mandat du Chef de l’Etat, au Katanga, on pille ! Chaque jour gagné est une fortune amassée. Et gare à ceux qui voudraient se mettre en travers de la route. Engagées il y a six mois, depuis le départ du gouverneur Muyej jugé trop kabiliste et pas assez coopératif, le montant et la valeur des tonnes de cuivre détournées donnent le vertige. En 180 jours, ce sont 1.350.000 tonnes de terre qui ont été évacuées d’une valeur de 540.000.000 USD. A ce rythme, dans deux années, le Katanga aura perdu plus de 2,5 milliards de USD. A Kinshasa, les tenants du pouvoir aiment à fustiger les Katangais auxquels ils attribuent tous les péchés du monde. Mais dans le Lualaba, c’est une autre histoire. A Kolwezi, depuis la fin de l’ère Muyej, le clan au pouvoir fait régner la loi du silence. Pour protéger son organisation, la mafia use de tous les trafics d’influence. Et quand la résistance se fait jour, c’est l’intimidation qui est de rigueur.

Des révélations préoccupantes révèlent l’implication active de la fratrie dans l’exploitation des carrières, des mines et des remblais. Une liste non exhaustive des activités de la mafia kasaienne établit ce qui suit :

  • Un partenariat entre Chinois et la famille Tshisekedi s’est constitué pour Luilu Resources (Cité Nowa) où l’usine de Biyombo est en construction.

  • Derrière KCC, la carrière Katapula et plus de 50 dépôts de cuivre et de cobalt sont gérés par Kally Tshisekedi et le Chinois Soleil Jang.

  • La carrière Tilwezembe est exploitée par la société chinoise Thomas en partenariat avec Fifi Masuka et Kally Tshisekedi. Une petite usine de transformation est actuellement en construction.

  • La carrière Ndjukumabwe Mwilu est exploitée par Bobo et Kally Tshisekedi.

  • La carrière Bridon Gcm est gérée par JC Mulumba, un cousin de Félix Tshisekedi.

  • La carrière Biwaya à Kapata disposant des rejets de la Gécamines est exploitée par Joël Tshisekedi avec un Chinois dénommé Fally et la société chinoise TTC.

  • Dans la cité Kisanfu et au sein des installations de Comide, plusieurs dépôts et centres de négoce sont sous l’emprise de Kally Tshisekedi et de nombreux Chinois parrainés par Soleil Jang.

  • La carrière Menda dans la concession Boss Mining est exploitée par un sujet libanais Ismaël Bassel et Christian Tshisekedi. Plus de 100 camions sortent chaque jour. Des opérations de découverture ont démarré.

  • La carrière Kimbalasani dans la concession de Boss Mining délivre chaque jour avec la couverture de Christian Tshisekedi et par l’entremise de Fally, Alex et Soleil Jang, tous sujets chinois, entre 40 et 60 camions aux entreprises chinoises TTC et CCR ainsi que Oumetal.

  • La carrière 48h est exploitée par Christian Tshisekedi.

Dans la province du Lualaba, l’éviction du gouverneur Muyej a donc fait exploser de façon vertigineuse les affaires de la mafia kasaïenne. N’ayant crainte de s’afficher avec l’un ou l’autre membre de la fratrie, Fifi Masuka, couvre les opérations du clan par le biais de coopératives, notamment la Comadeco. Le président de l’Assemblée Provinciale du Lualaba, Louis Kamwenyi n’est pas en reste puisqu’il opère à travers la Comikis. La plantureuse gouverneure faisant fonction, Mme Fifi Masuka, déploie tous les arguments y compris ceux que la morale réprouve pour séduire le clan Tshisekedi. Elle n’hésite plus à s’afficher publiquement au bras de l’un ou l’autre frère du président de la République.

Ainsi la famille présidentielle écume sans vergogne la province du Lualaba aux yeux et à la barbe d’une population privée d’eau et d’électricité. La rumeur enfle. Le peuple murmure. La colère gagne de plus en plus de familles Katangaises qui vivent cette présence comme une véritable exploitation familiale.

Les ressources de la province ont tari car le système mis en place par les proches du Président Tshisekedi sont exonérés de toutes taxes ou impôts. Les autorités provinciales du Haut Katanga et du Lualaba peinent à mobiliser les ressources de l’Etat indispensables au développement des deux provinces. A Lubumbashi, les recettes atteignent à peine 15 millions USD/mois. La situation à Kolwezi n’est pas plus reluisante. On est bien loin du milliard USD annuel mobilisés autrefois chaque année. C’était au milieu des années 2010.

A l’étranger, c’est l’hypocrisie la plus éhontée. Banquiers belges et français accumulent dans leurs comptes le trésor des Tshisekedi. A Bruxelles et à Paris, la fortune des nouveaux riches est protégée par le secret bancaire. Chaque semaine, des transferts sont effectués dans les comptes numérotés. Il n’est pas rare que les membres de la famille utilisent des mules qui transportent les liquidités d’argent entre Kinshasa, Bruxelles et Paris. Les réseaux sont connus. Mais les autorités belges et françaises gardent silence. Il n’est pas encore dans l’air du temps à Bruxelles et à Paris de s’en prendre à la famille régnante congolaise. La complaisance affichée à l’endroit du pouvoir congolais est telle qu’on se tait sur les frasques du régime.

A Kinshasa, la mafia s’est imposée avec la complicité de la classe politique. Elle agit à travers la violation répétée des règles les plus élémentaires des marchés publics. La construction des palais présidentiels et le coût des nombreux voyages absorbent des dizaines millions de dollars assortis de commissions secrètes plantureuses. A titre d’exemple, l’érection de la résidence destinée à recevoir les hôtes de marque de la République a coûté au Trésor plus de 100 millions USD. Un silence gêné gagne les observateurs étrangers qui préfèrent tourner la tête et se pincer le nez.

Mais loin de Kinshasa et du Katanga, la mafia kasaienne a gagné également les rives qui longent les frontières ougandaise et soudanaise. Dans l’ancienne Province Orientale, au cœur de l’Ituri, dans les profondeurs du Lac Albert dorment des centaines de millions de barils de brut. Les découvertes du côté ougandais laissent penser que les blocs de la rive congolaise du lac Albert pourraient receler deux milliards de barils de pétrole, avec un plafond de production de plus de 150.000/jour. Ceci engendrerait un revenu de plusieurs milliards de dollars et une exploitation dont les proportions iraient bien au-delà de ce que l’État et les Communautés de la RDC ont connu jusqu’à présent. A Kampala on regarde de près les tribulations du clan dans les intérêts pétroliers de l’Albertine.

En date du 1er septembre, le ministre des Mines Budimbi vient d’opérer le retrait de tous les contrats de partage de production octroyés par le régime Kabila à ses amis et alliés. La décision est passée inaperçue mais s’avère lourde de conséquence. Le clan familial affiche ses prétentions sur les blocs pétroliers de l’Albertine. Une compétition s’y joue. Deux membres du clan kasaïen qui se partagent les faveurs du pouvoir opèrent en silence. Il s’agit du Conseiller Spécial Jean-Claude Kabongo qui tente de tirer son épingle du jeu en favorisant la compagnie italienne et de Richard Nozy Muamba.

Bien connu pour ses connexions mafieuses dans le trafic de fausses monnaies, depuis plus de 30 ans, Nozy Muamba Munanga revient dans tous les scandales de la République du Zaïre et du Congo. Représentant de l’entreprise argentine de fabrication de billets de banques Ciccone Calcografica SA, le sulfureux homme d’affaires avait été arrêté dans l’affaire des vrais faux billets imprimés pour le compte du maréchal Mobutu. Début des années 2000, le rapport Kassem des enquêteurs des Nations Unies sur le pillage des ressources du Congo affichait déjà Nozy Mwamba parmi les personnes à sanctionner. L’homme qui avait commencé sa carrière par une fraude à l’assurance-vie affiche décidément un passé très chargé. Quelques années plus tard, il était condamné par la justice belge à six années de prison dans une autre affaire d’impression de la contrevaleur de 370 millions USD de faux dinars du Barhein. Gérant d’une boîte de nuit à Johannesbourg, Richard Nozy Mwamba accueille tout le gratin kasaïen dans son club Sankayi. A l’époque, Félix Tshisekedi ne dédaignait pas fréquenter ce haut-lieu de la jet set congolaise.

Depuis une dizaine d’années, Nozy Mwamba s’est reconverti dans la production et l’exploitation du pétrole. En compagnie de sa partenaire, la sud-africaine Andrea Brown, Nozy Mwamba a créé une compagnie junior dénommée, non sans humour, "Divine Inspiration Group Oil pty ", DIG oil.

Dans un premier temps, après quelques embrouilles, l’Etat congolais lui a octroyé (par la grâce de l’ancien ministre du Pétrole Lambert Mende) les droits d’exploration et exploitation du Bloc 1 . Ensuite, ces droits lui ont été retirés par Joseph Kabila au profit de Dan Gertler. Fce à cette situation , Dig Oil a obtenu par un arbitrage à Paris un jugement qui lui accorde... 600 millions USD de dommages et intérêts. Aujourd’hui, le ministre des Finances congolais Kazadi, cousin germain de Nozy Mwamba, aurait négocié un arrangement pour réduire le montant colossal dû à Nozy à 300 millions USD. Entretemps, Dig Oil compte reprendre ses droits sur les blocs 1 et le bloc 3 abandonné par Total afin de revendre les droits de ce dernier à 200 millions USD.

L’histoire de la mafia kasaïenne s’écrit au jour le jour. Il est bien loin le temps des vols de cartes bancaires ou celui des petits larcins opérés jadis par le clan pour survivre dans les rigueurs de l’hiver belge. Aujourd’hui, à Kinshasa, au Katanga et en Ituri, pendant que 100 millions de Congolais croupissent dans la misère, ce sont des milliards de dollars qui se jouent en passant entre les mains d’une poignée d’individus sans foi ni loi.

Un lourd voile sombre couvre tout le Congo. Le clan au pouvoir y fait désormais régner la loi du silence en préservant les intérêts de ses protecteurs. On comprend l’insistance des Etats-Unis de voir les élections congolaises se dérouler dans les délais constitutionnels. Et on saisit mieux tout l’entêtement du pouvoir à garder la main sur la CENI pour conserver à tout prix le pouvoir. Décembre 2023 pourrait bien sonner la fin de la mafia kasaïenne.


Bernard Mulumba

3 140 vues0 commentaire