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  • Photo du rédacteurmutambak96

"Je suis seul" : Tshisekedi affronte la solitude du pouvoir


La détérioration de la situation à l'Est de la RDCongo et les tensions politiques et sécuritaires dans la capitale Kinshasa constituent la crise la plus grave à laquelle Félix Tshisekedi est confronté.


Au cours des derniers jours, le Chef de l'Etat congolais a dû faire face à une tentative de coup d'Etat. De nombreux Congolais pensent que cette opération ressemble à une tragique aventure au regard de l'amateurisme de ses auteurs. Par contre la volonté des apprentis-putschistes à investir la résidence de Vital Kamerhe, à l'époque candidat à la Président de l'Assemblée Nationale, transforme ce putsch en tentative d'assassinat d'un homme politique devenu incontrôlable par le régime. "En accédant à la présidence de l’Assemblée nationale, Kamhere devient un obstacle au projet de changement de Constitution", affirme un proche du Président. Ceci pourrait expliquer cela.


Une mort qui arrange bien du monde...

De toute façon, la mort de Christian Malanga, le chef des insurgés, ne permettra jamais de connaître la vérité et surtout l'identité des commanditaires. Désormais entre Vital Kamerhe et Félix Tshisekedi, les relations se sont transformées en un étrange "je t'aime moi non plus".


Bemba, lui, dérange

L'échec de la reprise en main de la situation dans le Nord Kivu a définitivement scellé le sort de Jean-Pierre Bemba, l'autre grand allié du Chef de l'Etat. Félix Tshisekedi ne cesse de vitupérer contre l'ancien chef de guerre. De défaites en défaites, l'armée congolaise s'est révélée dans l'incapacité de faire face à la coalition du M23 appuyée par les troupes rwandaises.

Crédité d'une capacité à organiser la troupe, le président du MLC s'est révélé un piètre stratège, doublé d'un gestionnaire lamentable. Les images diffusées des troupes congolaises abandonnées au front sans tenue régulière, affamées et démoralisées ont frappé l'opinion publique congolaise.

Accusé de détournements de fonds, l'ancien ministre des Finances n'a pas manqué de s'expliquer auprès du président de la République sur la situation. "Nicolas Kazadi m'a prouvé que chaque mois, il a dépensé 200 millions USD pour l'armée. Où est allé cet argent ? En deux ans, plus de deux milliards ont été dépensé dans l'effort de guerre", se désole le Chef de l'Etat qui pointe Bemba.

Félix Tshisekedi se sent profondément trahi par l'ancien Vice-Président qui lui avait promis de régler le sort du M23. Faute de pouvoir écarter définitivement cet allié encombrant, le président congolais a résolu de lui confier le ministère des Transports. Une position juteuse où JP Bemba pourra continuer à se refaire une santé financière sans porter préjudice à l'armée congolaise.


Kamerhe Vs Kabuya

Sur le plan politique, la famille politique du Chef de l'Etat est plus divisée que jamais. Deux camps s'affrontent. D'un côté les leaders qui affirment avoir apporté des voix en nombre à l'élection triomphale du Chef de l'Etat et de l'autre l'UDPS et ses partis satellites liés par la fibre communautaire kasaïenne.


Les premiers sont groupés derrière Vital Kamerhe, les autres font allégeance à Augustin Kabuya. La fronde suscitée par la nomination des membres du gouvernement n'est pas prête de laisser place à l'apaisement. Les frustrations ont gagné toutes les parties. Les sociétaires de l'Union Sacrée qui se sentent marginalisés exigent tous la prise en compte de leur poids politique respectif dans le gouvernement. Or, on est bien loin du compte. Félix Tshisekedi a fort à faire pour expliquer à ses alliés que la politique n'est pas toujours question d'arithmétique. Les Bemba, Bahati et autres Dany Banza n'en démordent pas. Ils estiment avoir été traités comme quantités négligeables.


Sur le plan militaire, la situation n'est pas meilleure. "C'est sur le front de l'Est que l'avenir du régime congolais va se jouer", affirme un diplomate. L'irrésistible progression du M23 condamne Kinshasa à un ressaisissement rapide. A en croire son programme, Mme Judith Suminwa affirme pouvoir mobiliser en cinq années près de 20 milliards USD pour l'armée et la sécurité. Avec une moyenne annuelle de 4 milliards USD, le gouvernement fait l'impossible pari de la reconquête militaire des territoires occupés par les troupes de Corneille Nangaa. Quand on connaît le niveau de corruption qui règne dans l'état-major et dans tous les rouages de l'armée minée par le tribalisme, le pari est d'autant plus hasardeux que le retrait de la MONUSCO ouvre la voie aux rebelles congolais jusqu'au Sud Kivu.


La région boude Tshisekedi

Sur le plan international, les nouvelles ne sont pas bonnes. La défaite de l'ANC en Afrique du Sud va probablement conduire à un retrait des troupes sud-africaines qui accusent des pertes devant le M23. Et les récentes déclarations du président Kenyan Ruto qui affirme que le M23 est un problème exclusivement congolais ne sont pas rassurantes. La solution ne viendra pas d'une alliance de forces régionales contre la coalition M23/Rwanda. En définitive, le tableau s'avère bien sombre pour Kinshasa.


Au grand Nord Kivu, à Beni, et dans l'Ituri la situation se complique davantage avec les attaques répétées des terroristes islamistes qui s'ajoutent aux affrontements ethniques Hema-Lendu et aux divers mouvements séparatistes à la fois dormants et actifs, qui infestent l'Ituri. Les islamistes ADF, venus d’Ouganda et qui ont fait allégeance à l’État islamique, continuent de semer la terreur et la mort dans l’est de a RDC. Ces derniers jours, leur folie meurtrière quotidienne a atteint de nouveaux sommets que Kinshasa ne peut continuer à Ignorer. Ce groupe profite de la concentration des forces de Kinshasa contre le M23.

"Les tueries perpétrées contre des dizaines de chrétiens ⁠confirment que l'Est de la RDCongo est devenu un objectif majeur du terrorisme", explique un analyste de la région qui s'étonne du silence de Kinshasa et de l'absence de réactions du gouvernement congolais devant la progression des islamistes. "A ce jour, en Somalie, en Centrafrique et au Mozambique seules les troupes du président Kagame sont parvenues à apporter une réponse face aux islamistes", poursuit cet analyste qui constate que ce cancer se métastase à forte allure en RDCongo.


Ce sont toujours les petits qui paient

Pour seule réponse à l'insécurité qui gagne l'Est du pays, Félix Tshisekedi brandit la répression contre les activistes de la société civile. Les arrestations des jeunes de LUCHA s'enchaînent. Quant à l'opposition politique congolaise laminée par la fraude électorale massive de décembre dernier, ses principaux responsables se murent dans le silence.


Dans cette ambiance qui ressemble déjà étrangement à une fin de règne, Félix Tshisekedi reconnaît avec lucidité qu'il en vient à douter de ses alliés, tant à l'intérieur du pays que dans la région. Au moment où il devrait pouvoir compter sur une majorité renforcée, le Chef de l'Etat congolais assiste à la course effrénée des membres de sa famille politique aux fonctions de tous ordres. Comme si, au mépris de la situation sécuritaire tragique qui prévaut dans les provinces de l'Est du pays, l'avenir ne dépendait que des postes ministériels à attribuer aux uns et aux autres. "Je suis tout seul", a récemment confessé avec amertume le Chef de l'Etat congolais à un de ses visiteurs du soir. Félix Tshisekedi sait qu'il ne pourra faire longtemps l'économie d'un dialogue avec ses oppositions. Il se dit que la lucidité est la blessure la plus proche du Soleil. Et quand on se veut Roi Soleil, cette vérité prend une toute autre allure !


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