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Frappeurs, Chekouleurs et Creuseurs aux commandes de la RDCongo

Dernière mise à jour : 18 janv.



Au cours des dernières semaines, les scandales financiers émaillent la vie politique congolaise. Les détournements de fonds font la une. A la veille de la tenue des jeux de la francophonie prévue cet été, les nouveaux stades introuvables de DJ Trouble King se disputent aux routes fantômes du Kasaï du programme Tshilejelu de Marcelin Bilomba ou aux poissons volants namibiens du ministre de l’Economie qui, lors des fêtes de fin d’année, ont déserté les assiettes congolaises ! Il se dit même que des conseillers du Président Tshisekedi se sont transformés en aigrefins pour escroquer des investisseurs Qataris dans des promesses de mines d’or et que la révision des contrats miniers chinois a conduit le directeur de cabinet du Chef de l’Etat et le ministre des Finances à se disputer comme des chiffonniers. Le Trésor public congolais saigne. Et rien ne paraît freiner l’hémorragie.






Un principe commun dicte l’attitude de ceux qui ont pris les commandes de l’Etat. Il se résume en une formule simple : « un scrupule en moins, c’est un dollar en plus ! ». Cette hargne dans la chasse à la prédation n’a d’équivalent que l’avertissement biblique de Apocalypse 12,12 qui dit «Malheur à la terre, le diable a été précipité avec une grande colère, sachant qu’il a très peu de temps ».

Très peu de temps, c’est bien l’impression que donnent les responsables congolais qui écument le Trésor Public. Ministres, conseillers, mandataires publics fondent comme la faim sur le monde sur tout ce qui est sonnant, trébuchant et liquide. La revue des dépenses de l’Etat effectuées en 2021 confirme le constat de la course effrénée à l’enrichissement.

On ne s’étonne pas de trouver dans les cercles les plus fermés du pouvoir congolais des checkouleurs, frappeurs et autres creuseurs qui ont fait leur école aux côtés de Félix Tshisekedi et de Denise Nyakeru à Bruxelles, Londres et Paris. Ministres et Conseillers ont transposé dans la gestion de l’État congolais les actes de brigandage dans lesquels ils excellaient en Europe. On ne change pas du jour au lendemain des vieilles habitudes qui ont été un mode de vie voire de survie. Une seule idée fixe et quasi-obsessionnelle règne au sein du Cabinet du Chef de l’État, des ministères et de la famille présidentielle. Elle se résume en une question simple : comment s’enrichir vite , très vite ?

Les preuves de cette boulimie d’argent sont légions. Ainsi, en une semaine, du 20 au 27 décembre, les demandes de fonds de la Présidence ont plu sur la table du ministre des Finances Nicolas Kazadi. En sept jours, plus de 12 milliards de francs congolais (6 millions USD) ont été décaissés pour la marche qui devait être triomphale de Félix Tshisekedi dans sa grande province. A eux seuls, en date du 24 décembre 2021, les gouverneurs des 5 provinces – Kasaï, Kasaï oriental, Kasaï central, Lomami, Sankuru – se sont vus gratifier de 100.000 USD chacun pour réveillonner avec leurs administrés. Les mêmes gouverneurs s’étaient tous retrouvés avec leurs collègues des 19 autres provinces du pays à l’invitation du Chef de l’Etat le 20 décembre à Kinshasa pour prendre part à la 8ème conférence des gouverneurs. Ces agapes avaient coûté la rondelette somme de 3.053.360.945,48 FC, soit 1,5 million USD, au Trésor.

De tous les documents relatifs à la gestion de la République Démocratique du Congo, le fichier des dépenses publiques de l’exercice 2021 est le plus accablant. Il ne reste qu’une poignée de fonctionnaires du Fonds Monétaire International, de la Banque Mondiale et l’Union Européenne pour s’extasier sur les performances des gouvernants de la République Démocratique du Congo.

Si le Congo est aujourd’hui en panne, ce n’est pas à cause du virus COVID19 dont les fonds qui étaient destinés à endiguer la propagation ont eux aussi été détournés, c’est surtout en raison de la corruption généralisée, des détournements des deniers publics et du train de vie somptuaire des institutions de la République. A ce sujet, la comptabilité de l’exercice 2021 révèle les causes de déroute financière. Plusieurs rubriques illustrent le pillage des ressources et la mise en coupe réglée des finances publiques.


Les voyages du couple présidentiel

Le goût prononcé du Président congolais pour les voyages à l’étranger est un secret de polichinelle. En trois années, les observateurs congolais accréditent le Chef de l’Etat d’une centaine de missions. Les dépenses opérées en 2021 pour compte des affrètements d’avion ont avoisiné 15.000.000 USD. Les deux compagnies les plus sollicitées dont les compte ont été crédités par le Trésor sont la société suisse VERTIS Aviation AG et la compagnie congolaise Mwant Jet.





Aux coûts des affrètements, il faut ajouter les frais de mission. En octobre, le couple présidentiel a visité la Belgique, l’Allemagne, l’Italie, et la Turquie. Denise et Félix ont dépensé pour ce voyage la très coquette somme de 11,6 millions USD. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.


Le nouveau Palais présidentiel

La volonté de Félix Tshisekedi de s’inscrire dans la ligne des grands bâtisseurs du XXIème siècle l’a conduit à entreprendre la réhabilitation du domaine présidentiel du Mont Ngaliema. Le Chef de l’Etat congolais qui a invité le couple royal belge en RDCongo est déterminé à accueillir Philippe et Mathilde dans un Palais flambant neuf. La bagatelle de 100 millions USD a été dépensée pour retaper le domaine présidentiel. Le site dispose aujourd’hui des plus hauts standards de confort moderne. Le Groupe Malta Forrest a effectué les travaux. En décembre 2021, le Trésor acquittait la 17ème tranche mensuelle de 3,5 millions USD à l’entrepreneur belge. Désormais, à Kinshasa, le Mont Ngaliema est devenu pour les Congolais le Palais du Roi Philippe…

Le Bureau du Conjoint du Chef de l’Etat

Dans le registre de la dissipation des ressources de l’Etat, en violation des dispositions de la Constitution congolaise et de toutes les règles des finances publiques du monde entier, Denise Nyakeru émarge au Budget de l’Etat. La Première Dame dispose d’une confortable rente mensuelle versée par le Trésor Public pour compte du Bureau du Conjoint du Chef de l’Etat sous la forme de fonds spécial d’intervention, de frais secrets de recherche, de frais de fonctionnement, d’achat fournitures et petits matériels. Pour l’exercice 2021, la dotation de Mme Nyakeru se chiffre à 3.725.000 USD. Ce montant ne comprend pas les frais de voyage et les affrètements d’avion de la Première Dame payés sur la cassette de la Présidence.

Les Institutions congolaises à la dérive

Le système d’achat des élus mis en place par Félix Tshisekedi et JM Kabund pour forger la nouvelle majorité dénommée Union Sacrée a accentué la dérive financière du pays. Chaque mois, une dotation de 13 075 416 135,40 FC est allouée au Bureau de l’Assemblée au titre de fonds spécial d’intervention. Ce fond est complété par une mensualité complémentaire de 2 755 603 149,00 FC. Ce montant mensuel qui avoisine 7.500.000 USD représente les émoluments des 500 députés congolais. Les salaires des députés ne sont qu’une des rubriques de l’Assemblée. A titre d’exemple, pour la journée du 10 décembre, 4.766.218.344 FC, soit 2,3 millions Usd ont été payés aux 500 députés et 108 sénateurs pour écouter religieusement le discours à la Nation du Chef de l’Etat. Une telle prodigalité de l’autorité budgétaire à l’endroit de ses membres atteste du décalage saisissant entre la représentation nationale et le peuple congolais. Ces éléments ne prennent pas en compte les dépenses du cabinet du président de l’Assemblée Christophe Mboso et des membres de son bureau qui ont explosé depuis la création de l’Union Sacrée. Un fonds spécial d’intervention mensuel de 4 433 492 380,14 FC soit 2.200.000 USD/mois est alloué par le Trésor au tandem Mboso-Kabund pour gérer à leur discrétion les questions politiques et leurs besoins personnels.

Le gendarme sur la sellette


Alors que l’IGF s’est taillé une belle réputation dans la traque des détourneurs des deniers publics, la lecture des dépenses de la prestigieuse institution qui occupe les bâtiments de l’avenue du Haut Commandement provoque le désenchantement. Au cours de l’exercice 2021, l’IGF a consommé plus de 72 milliards FC soit 36 millions USD. Si une part des fonds est allouée au titre de rétrocession aux services mobilisateurs des recettes de l’Etat, plusieurs rubriques actionnées par Jules Alingete sont très loin de figurer dans le registre de l’orthodoxie financière. Il en va ainsi des frais secrets de recherche ou encore des dépenses au titre de provision pour les démêlés judiciaires de l’institution de contrôle. Avec l’IGF, la tartufferie dans la gestion des dépenses publiques atteint un niveau inégalé.

Ministres Kamerhiste, Katumbiste, Gizengiste ou Bembistes à la mangeoire


Quelle que soit leur obédience ou la famille politique à laquelle ils prétendent appartenir, la course à l’enrichissement n’épargne pas les ministres congolais. Kamerhiste, Katumbiste, Gizengiste, Bembiste puisent sans compter dans les fonds du Trésor. Ainsi, pour les fêtes de fin d’année, les livres comptables indiquent qu’un des Vice Premier Ministre s’en est sorti avec pas moins de 400.000 USD pour ses dépenses personnelles. De quoi passer le réveillon et la Saint Sylvestre à l’abri du besoin. Quand on sait que chaque Vice-Premier Ministre est gratifié d’une enveloppe mensuelle de 75.000 USD pour arrondir son salaire ministériel et les frais de mission, on peut s’interroger sur la volonté de Sama Lukonde de réduire le train de vie de l’Etat.

Cette interrogation est d’autant renforcée quand on voit que le Comité de Conjoncture économique où siègent le Premier Ministre et 5 ministres se paient chaque mois 350.000 Usd pour orienter les tendances économiques du pays.

En quelques mois, tous les plus grands opposants à la coalition CACH-FCC ont fondu sur la caisse de l’État comme un essaim de crickets pèlerins.

La clientèle politique


Si les institutions sont toutes prises en otage, le régime engraisse également une grande clientèle politique. Au premier rang des alliés de Félix Tshisekedi à Kinshasa, un homme discret dispose de l’oreille du Président . Il gère la dette publique. Son influence sur le remboursement des créances détenues par les tiers sur l’Etat congolais constitue une manne financière discrète. Il s’agit du DG de la DGDP, la Direction Générale de la Dette Publique, Laurent Batumona. A la prime de gestion mensuelle de 225.000 USD , l’homme qui souffle à l’oreille du président reçoit de plantureuses indemnités kilométriques, primes d’heures supplémentaires et frais de transport. En 2021, toutes ces rubriques se sont élevées à 6 millions USD.


Dans la clientèle politique figure également l’ancien journaliste-ministre Tryphon Kinkiey Mulumba, connu pour être également le dernier ministre de la communication du Maréchal Mobutu. L’homme s’est vu payer par le Trésor un abonnement de 500 exemplaires de son journal Le Soft pour un montant de 775 608 537,60 FC complétée en décembre dernier par un paiement de 248 181 959,38., soit près d’un milliard FC équivalant de 500.000 Usd en 2021. Ces fonds lui ont opportunément permis d’éponger son ardoise vis-à-vis du FPI pour laquelle la vente publique de sa maison avait été ordonnée par la justice.

Parmi les élus, l’honorable Jean-Marie Lukulasi fait partie des enfants gâtés du couple présidentiel. En 2021, sa fondation qui s’occupe des enfants de la rue a été gratifiée d’un montant de 3 millions USD.


Parmi ces oiseaux rares, il ne faut pas oublier l’inénarrable Gabriel Mokia. En 2021, le Trésor a décaissé au titre de règlement des créances sur le trésor 3,5 milliards FC, soit 1,75 millions USD ce fantasque personnage en délicatesse avec Ngoyi Kasanji l’ancien gouverneur du Kasaï. Quant à Joseph Olenghankoy, sous couvert du CNSA, une institution fantôme inopérante, l’ancien enfant terrible de la politique congolaise des années 80 encaisse en toute, une mensualité qui avoisine 20.000 Usd/mois.


Le BCECO ou la caisse noire du régime

Dans la course engagée pour sa réélection, le Président Tshisekedi articule une stratégie en trois axes. Le premier consiste à séduire les parrains extérieurs. À ce sujet, il n’hésite pas à recruter des cabinets conseils. Global Sovereign Advisory, n’est pas le moindre. Il appartient à Anne-Laure Kiechel, la financière « insoumise », qui discute de l’avenir du monde avec Emmanuel Macron et plusieurs Chefs d’État. Sur instruction du Président Tshisekedi, le Trésor a réglé 900.000 Usd de prestation à son cabinet.

Le second axe repose sur la mainmise totale et entière sur la CENI. Sur instruction du Chef de l’Etat, le 27 octobre 2021, quelques heures après la signature de l’ordonnance présidentielle nommant Denis Kadima, le compte de la CENI était crédité d’un montant de 100 millions USD débités du compte du BCECO sous l’inscription d’approvisionnements pour les opérations électorales. Il s’avère que le candidat-président Tshisekedi alimente le compte de la CENI par un montage qui échappe totalement à la chaîne des dépenses publiques.

Initialement utilisée comme agence d’exécution, le BCECO combine aujourd’hui un rôle assimilable à un sous-compte du Trésor Public où abondent les fonds destinés aux opérations financières du Chef de l’Etat. En 2021, près de 500.000.000 USD ont abondé dans le compte du Bureau Central de Coordination, BCECO. De ces fonds, une enveloppe de 300.000.000 USD a été logé au BCECO au titre de mise à disposition de fonds relative à l’exécution des projets prioritaires du Gouvernement non autrement définis.

A noter que l’Hôpital Mama Yemo a reçu du BCECO dans le cadre du fonds COVID, 70.000.000 USD en deux tranches libérées les 9 et 23 septembre 2021 pour la reconstruction et la modernisation de l’hôpital. A ce jour, hormis le variant endémique de la corruption, rien n’est visible ! Un autre projet relatif au développement de la riziculture à Masina a bénéficié du BCECO une enveloppe de 4.000.000 Usd.

Spectacle saisissant !


Un partisan de l’UDPS affirme à juste titre que : « Personne ne pourra jamais dire qu’on ne savait pas. Si un bande de frappeurs n’a pas hésité à faire main basse sur les fonds alloués aux travaux du mausolée d’Etienne Tshisekedi, on peut considérer que rien , ABSOLUMENT RIEN ne peut les faire trembler pour piller le trésor public. Ce premier sacrilège était un acte fondateur !». La messe semble dite !

Avec Félix Tshisekedi, frappeurs, chekouleurs et creuseurs sont aux commandes de l’Etat. Partout, on joue avec l’argent ! A tous les niveaux de la République. A commencer par la Présidence. Le couple présidentiel, ses avions, ses voyages, ses frais. Les institutions. Le Gouvernement et ses ministres. La clientèle politique. Partout on arrose. On corrompt. On fait les flambeurs. On roule carrosse. On se rit des Congolais. On se joue des bailleurs. Si au front on manque de tenue, de ration, de médicaments, à l’arrière, au mont Ngaliema, on paye la nourriture des chevaux de la garde républicaine. Un pastiche de la cour du Roi Pétaud. Le spectacle donne l’image saisissante d’un Etat en délabrement. Qui se rappelle que bien après la collision du bateau avec l’iceberg fatal, l’orchestre du Titanic jouait encore. Telle est la situation de la RDCongo.



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