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  • mutambak96

Doute et suspicion autour de la mort du ministre Thierry Kikontwe




Ce 13 septembre 2021, Thierry Michel Kikontwe s’est éteint dans une formation médicale d’Afrique du Sud emporté par le COVID19. A Lubumbashi et dans tout le Katanga, c’est la consternation ! En trente jours, trois des principales figures de l’UNAFEC ont été officiellement emportées par la pandémie. Le parti fédéraliste katangais est décapité !


Le 14 août dernier, Marcel Kyungu Nsala, le fils aîné de Baba Kyungu wa Kuwmanza, succombait à Lubumbashi. Une semaine plus tard, le 21 août, c’était au tour de Baba Gabriel Kyungu, son père, de s’éteindre à Luanda au cours d’une évacuation sanitaire catastrophique. Enfin, le 13 septembre, à Johannesbourg, les médecins fermaient définitivement les yeux de Thierry Michel Kikontwe, le ministre provincial de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation, Affaires Coutumières, Droits Humains et Relations avec la Société Civile.

En réalité, c’est dans la capitale congolaise où ils s’étaient rendus en délégation que la grande faucheuse attendait les trois leaders katangais. C’est à leur retour de mission au Katanga qu’elle achèvera son sinistre travail pour les emporter définitivement à Lubumbashi, à Luanda et à Johannesburg. Partis ensemble en mission pour sauvegarder les intérêts du Katanga, par un terrible coup du sort qui accentue le caractère révoltant de leur mort, les trois hommes ne se reverront plus jamais.

L’histoire retiendra que ce dernier voyage officiel de Baba Kyungu à Kinshasa ne rassurait personne. Au fil des semaines, la tension entre le pouvoir de Kinshasa largement animé par une majorité de responsables Kasaiens et la communauté Katangaise était devenue de plus en plus perceptible. La chasse aux swahilophones engagée par ceux qui détiennent les rennes de la RDCongo était dénoncée de toute part dans l’Est du pays. En deux ans, l’emprisonnement de Vital Kamerhe, les poursuites engagées contre Augustin Matata Ponyo, le choix de l’exil pour Kikaya Bin Karubi, John Numbi, Mutond Kalev, la destitution brutale Richard Muyej du gouvernorat de Kolwezi, la chasse aux cadres katangais dans les institutions publiques, tout a conduit à un mur d’incompréhensions entre Kinshasa et Lubumbashi.

En vraie sentinelle du Katanga, convoqué dans la capitale, Baba Kyungu avait voulu profiter de la remise de la contribution de 80.000 Usd de l’Assemblée provinciale du Haut Katanga au profit des victimes du volcan de Goma pour aller dire les quatre vérités aux animateurs des Institutions. Mais par instinct, le Vieux lion avait senti le danger. Etrange pressentiment d’un homme qui va à la rencontre de son destin.

A Kinshasa, à l’hôtel du Fleuve où il était logé, il avait imperceptiblement noté un incident lorsqu’un de ses invités, en l’occurrence l’ancien ministre de l’Intérieur Gilbert Kankonde, avait refusé de toucher au vin qu’il avait acheté au bar de l’hôtel. Pour insignifiant qu’il soit, ce refus de l’ancien ministre de l’Intérieur de toucher au verre que le barman de l’hôtel lui avait servi allait se conduire Baba à éprouver un pressentiment. Il s’ en ouvrira à son épouse Mireille en lui disant : « Ces gens-là n’ont toujours pas pardonné ce qui s’est passé en 1992 ». Mais pouvait-il s’attendre à l’issue fatale auquel allait conduire sa dernière mission officielle ? Pouvait-il s’imaginer un seul instant que son fils Marcel qui l’accompagnait dans la délégation allait rendre son dernier souffle quelques jours après leur retour au Katanga ? Pouvait-il croire que son ministre Kikontwe allait le suivre dans la vallée de la mort ? Si l’on peut deviner l’immense détresse que Baba a dû ressentir lorsqu’il a appris la mort de son fils aîné, le destin lui aura épargné d’apprendre celle de son ministre qui le suivra trois semaines après qu’il n’ait rejoint Marcel.

A l’annonce de la mort du ministre Kikontwe, c’est une colère froide et silencieuse qui a gagné tous les Katangais. La plupart d’entre eux pense qu’il est bien trop facile d’attribuer à la pandémie ce que la haine et la malveillance suffisent à expliquer !

De fait, autour de ces trois décès plane une forte suspicion que ni le temps ni les discours ne pourront enlever à l’esprit des Katangais. En effet, la maladie COVID19 était une trop belle occasion pour les ennemis du Katanga d’en finir avec Baba Kyungu. Les obsèques de la vieille sentinelle du Katanga auront lieu jeudi prochain à Lubumbashi. Le Président Tshisekedi devrait assister aux funérailles et rendre hommage à celui qui fut un des 13 parlementaires et une figure majeure de l’UDPS. Jusqu’à son dernier souffle, Baba considérait Félix Tshisekedi comme le fils que son ami Etienne lui avait laissé. Beaucoup de Katangais s’interrogent aujourd’hui pour savoir si cette confiance était vraiment partagée par l’entourage du Chef de l’Etat. Les plus sages diront qu’il est malheureusement trop tard pour cela !

Bernard Mulumba

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