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  • mutambak96

80.000 plaques d’immatriculation font courir Christian Tshisekedi




Mais qu’est-ce qui fait courir Christian Tshisekedi ? Le pouvoir, l’argent, le plaisir ? Nombre de Congolais s’interrogent. Des marchés publics de Kinshasa aux mines du Katanga en passant par toutes les affaires immobilières, il n’est aucun dossier dans lequel la main du frère de Félix Tshisekedi ne passe et repasse. Aujourd’hui, au risque d’exposer le gouvernement congolais à devoir payer près de 45 millions USD de dommages et intérêts à une société allemande, c’est le marché de la fabrication et de la livraison de près de 80.000 plaques minéralogiques congolaises par an vendues à 200 USD la paire et les revenus y afférents pour lequel Christian Tshisekedi et ses amis exercent un trafic d’influence sur les ministres et la justice congolaise digne de la mafia sicilienne.

« O temporeo O Morenso », dirait Jean-Marc Kabund, le jeune étudiant en troisième année de droit. Interdit de sourire ! Depuis quelques jours, le Vice-Président de l’Assemblée Nationale, de surcroît tout puissant président a.i. de l’UDPS se pique de bricoler un latin et d’étaler une culture fraîchement apprise dans les livres de droit de sa faculté.


Hier, c’était le passeport avec la famille Kabila, aujourd’hui, ce sont les plaques d’immatriculation avec le clan Tshisekedi. Pas exactement le même produit, mais les mêmes méthodes de trafic d’influence, de chantages et de menaces pour un enrichissement facile de la part des maîtres du Congo. La méthode est identique. On stoppe un contrat en cours, on choisit de gré à gré un nouveau prestataire complaisant et on prend au passage de plantureuses commissions sur le dos des Congolais. D’un pouvoir à l’autre, tout ce qui a trait aux dossiers qui génèrent des recettes en cash a aux yeux et aux nez des tenants du pouvoir le goût de la viande avariée pour les mouches affamées.


En ce qui concerne le dossier qui touche aux plaques minéralogiques congolaises, la volonté de Christian Tshisekedi de s’accaparer du marché n’est plus un mystère. Le frère du Président congolais a décidé d’arracher à la filiale congolaise de la compagnie allemande UTSCH AG le marché de fabrication et de fourniture des plaques congolaises et des imprimés inhérents octroyés. Il y a plus de dix ans, l’entreprise allemande s’était vu octroyer ce marché. C’était le 26 septembre 2008. Le contrat était établi pour une durée de cinq années renouvelable par tacite reconduction. Il connut au fil du temps – comme il faut s’y attendre en RDCongo - plusieurs tentatives récurrentes de résiliation. En fin d’année 2018, en pleine tourmente électorale, le ministre des Finances a pourtant autorisé UTSCH Congo Sa à continuer l’exécution de son contrat.

Curieusement, près de dix mois plus tard, le 23 août 2019, sans avoir pris la peine d’effectuer un audit du contrat, le même ministre des Finances mettait brusquement fin à ce contrat sans observer aucune procédure en la matière. Saisi par UTSCH Congo, le Conseil d’Etat congolais prenait le 04 octobre 2019 une ordonnance invitant le ministre des Finances à suspendre sa décision. Le 29 janvier 2020, le gouvernement invitait UTSCH Congo à la signature d’un avenant au contrat du 26 septembre 2008 pour une durée de trois ans, allant du 29 janvier 2020 au 29 janvier 2023.

Coup de tonnerre pour la compagnie allemande, le 09 mars 2021, le ministre des Finances décidait à la hussarde de mettre fin au contrat. UTSCH Congo saisissait à nouveau le Conseil d’Etat qui, dans une nouvelle ordonnance rendue le 13 mai 2021, considérait cette fois que le contentieux entre les deux parties relevait non pas de sa compétence mais de celle du Tribunal Administratif.

Dans les couloirs du Conseil d’Etat, plusieurs fonctionnaires apercevait l’ombre de Christian Tshisekedi. D’aucuns racontent que les menaces exercées par le fils d’Etienne Tshisekedi sur l’ancien Directeur de Cabinet du maréchal Mobutu, Félix Vunduawe, devenu Président du Conseil d’Etat par la magie de l’alternance politique congolaise, n’ont pas été étrangères à cette décision de justice. «On est sous pression de Christian Tshisekedi, cette fois on ne pourra plus défendre les Allemands » avouait impuissant un fonctionnaire du Conseil d’Etat qui a voulu garder l’anonymat. Félix Vunduawe Te Pemako s’est donc lestement débarrasser de la patate chaude. Et en attendant l’installation effective du Tribunal Administratif, le Tribunal de Grande Instance de la Gombe était chargé de trancher le différend.

Le 04 juin 2021, la compagnie allemande obtenait une victoire. Le TGI de la Gombe signifiait aux parties sa décision, par un avant dire droit, de suspendre les effets de l’acte pris par le ministre des Finances dans sa lettre du 09 mars 2021. Deux mois plus tard, le 09 août 2021, contre toute attente, au risque d’une pénurie des plaques d’immatriculation, la Direction Générale des Impôts refusait de réceptionner les plaques d’immatriculation du fabricant allemand. En date du 31 août 2021, la DGI séchait ostensiblement la cérémonie de remise officielle d’un lot de plaques d’immatriculation auto et de cartes roses. Ce refus était constaté par un Inspecteur Judiciaire de la Brigade Judiciaire de la Gombe invité pour la circonstance.

Fin septembre, la réalité frappait le gouvernement congolais de plein cœur. Face à la pénurie de plaques d’immatriculation observée à travers tout le pays, sans rapporter la décision prise par le ministre des Finances, le gouvernement demandait à la société UTSCH Congo de procéder à la livraison d’un lot de 21.000 paires de plaques.


Aujourd’hui, les agissements du ministre des Finances et de Christian Tshisekedi exposent le gouvernement congolais à de lourdes condamnations en dommages et intérêts. Outre le fait que l’entreprise allemande pourrait exiger plus de 45 millions USD de dommages et intérêts, ce dossier illustre parfaitement l’état du climat des affaires en RDCongo.

Ce qui ne cesse de surprendre tous les observateurs dans ce dossier qui oppose le gouvernement congolais à une entreprise allemande, ce sont les deux visites du Président Tshisekedi effectuées en 2019 et en août dernier Allemagne. Au cours de ses rencontres avec la chancelière allemande Angela Merkel et le patronat allemand à Berlin, Félix Tshisekedi s’est répandu en déclaration d’amour passionné à l’endroit de l’Allemagne.


Il y a quelques semaines, alors que l’Exécutif congolais était toujours empêtré dans le dossier UTSCH, Félix Tshisekedi paradait fièrement au 4ème Sommet Allemagne-Afrique « Compact with Africa ». Devant une chancelière totalement médusée et son homologue sud-africain dubitatif, à la surprise générale, le Chef d’Etat congolais s’étalait sur les vertus des thérapies congolaises contre le Virus COVID19. Plus tard, au cours d’un déjeuner de travail avec la Chambre allemande de commerce et de l’industrie, le Chef de l’Etat congolais invitait la partie allemande à investir, notamment dans les domaines de l’énergie et de l’industrie.

Pour couronner cet exercice, dans sa suite, le Président Tshisekedi emmenait le ministre congolais de l’Enseignement Tony Mwaba avec sous le bras un contrat de quelques millions d’euros en faveur de la compagnie allemande Veridos. Selon les termes d’un premier contrat signé avec le Gouvernement congolais, cette compagnie allemande va délivrer des cartes biométriques aux élèves du primaire. « Ce partenariat va nous aider à maîtriser les effectifs des élèves, des enseignants, des écoles ainsi que des agents des bureaux gestionnaires. Au final, ce sera pour lutter contre les écoles et personnel fictifs. Les élèves ne débourseront aucun franc. C’est le Trésor public qui prendra le tout en charge, et à un prix raisonnable », déclarait le ministre de l’EPST, Tony Mwaba, parlant de la future collaboration avec la société allemande.


Forts de l’expérience vécue par UTSCH AG et sa filiale congolaise, il est peu probable que les hommes d’affaires allemands seront jamais intéressés à investir dans un pays où les contrats sont revus au gré des caprices du frère du président ou de l’un ou l’autre proche du pouvoir. Alors qu’on parlait d’investissements de plusieurs milliards USD de la part d’opérateurs allemands intéressés aux mégas projets d’infrastructures en RDCongo, notamment dans la construction du rail, on peut s’interroger de savoir si la rigueur et la discipline allemande pourront jamais s’accommoder des extravagances et des dérèglements des nouveaux maîtres du Congo.


Irung Muye

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