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  • Photo du rédacteurmutambak96

Tout sur le nouveau gouvernement du Royaume du Kasaï


La publication des membres du gouvernement a eu lieu à 3 heures du matin. A l'heure où les bonnes consciences dorment du sommeil du juste, la sémillante Tina Salama, tirée à quatre épingles, mise en pli soignée, lit laborieusement devant une caméra la liste des heureux nommés. Elle y perd son latin jusqu'à oublier le ministre de la Justice.


Cette annonce tardive reflète un sentiment d'improvisation et de rafistolage. Cette nouvelle équipe gouvernementale sort près de six mois après les élections triomphales de Félix Tshisekedi et de sa majorité.

Dans les milieux huppés, certains célèbrent avec du champagne, tandis que la majorité des Congolais exprime une déception. Ils ont attendu pour rien. La surreprésentation de l'espace kasaïen dans les ministères-clés, notamment la Défense, la Justice, les Mines, et plusieurs vice-ministères, est notable. On évoque une vingtaine d'originaires du Grand Kasaï parmi les 54 membres du gouvernement. Pour les analystes, avec cette équipe, la RDCongo prend les allures de "Royaume du Kasaï".

"Si vous n'êtes pas en bons termes avec le président, mieux vaut être proche de la reine mère, Marthe Tshisekedi", raille un étudiant. Il est de notoriété publique que les Kasaïens voient en Félix Tshisekedi un Louis XIV, n'hésitant pas à le comparer au Roi Soleil, d'autres murmurent que sa mère, Marthe, prend de plus en plus les allures de la régente Anne d'Autriche.


Les Survivants et les Changements

Parmi les rescapés du gouvernement des warriors de Sama Lukonde, le Vice-Premier Ministre Lihau et le ministre de la Communication Patrick Muyaya ont sauvé leur poste. En revanche, les ministères régaliens ont subi un véritable coup de balai. Les ministres des Affaires Étrangères, de l'Intérieur, de la Défense, de la Justice, et des Finances ont été remplacés par de nouvelles figures, principalement issues de l'UDPS ou très proches du clan Tshisekedi.

Du côté des ministères régaliens, on assiste à un grand coup de balai. Exit le ministre des Affaires Etrangères, Christophe Lutundula, de l'Intérieur, Peter Kazadi, de la Défense, Jean-Pierre Bemba reconverti à ses premières amours dans le transport, de la Justice, Mme Rose Mutombo et des Finances, Nicolas Kazadi. Pour remplacer ces cadors, Félix Tshisekedi a fait appel à de nouvelles figures.


Dans un pays en guerre, avec deux provinces sous état de siège et plusieurs armées étrangères en opération, les Congolais ne s'attendaient pas à une nouveau gouvernement composé de ministres pour la plupart sans expérience aucune à la tête de ministères stratégiques. "Parmi les titulaires des ministères impliqués dans la gestion de la guerre à l'Est, tous sont à leur première expérience gouvernementale", constate un conseiller à la Présidence. À Kigali, Kampala, Brazzaville, Nairobi et Luanda, les téléphones ont sûrement sonné pour connaître les membres du nouveau gouvernement congolais.


A la Défense, le Vice-Premier Ministre Guy Kabombo Muadiamvita, 35 ans, originaire de Mbuji Mayi, est connu pour être demeuré longtemps un visiteur du soir à Limete. Fort du soutien de Maman Marthe Tshisekedi, l'ancien patron du journal officiel, aura la redoutable mission de restaurer l'intégrité du territoire à l'Est du pays et de défaire l'AFC/M23 dont la progression au Nord et au Sud Kivu semble de plus en plus irrésistible.


Dans le secteur politique, un autre kasaïen vient de faire une apparition surprenante. L'ancien candidat à la présidentielle, le fougueux Constant Mutamba qui jusqu'à sa nomination incarnait l'opposition "choisie" par le pouvoir. "Que peut attendre Félix Tshisekedi, d'un ministre lunaire, sans expérience et dévoué à la seule cause de son image ébouriffante ?" s'interroge un sociétaire de l'Union Sacrée. Félix Tshisekedi pourra compter sur le zèle du jeune Mutamba pour museler l'opposition et surtout, porter le projet de changement de constitution. Là où l'on attendait une pointure comme Lutundula, Mbata, Esambo ou Ndjoli, c'est à un jeune coq à la crête noire et ombrageuse que Félix Tshisekedi accorde sa confiance pour son projet de changer de Constitution et se maintenir au pouvoir. L'avenir dira si le ministre saura relever cet audacieux pari. En matière de répression, aucune illusion pour Jean-Marc Kabund, Mike Mukebayi, Gloria Senga et les nombreux détenus politiques : Mutamba sera bien chargé de la basse besogne.


Les Influences et les Déceptions

Parmi les vainqueurs de l'ombre de ce remaniement, on compte l'Inspecteur Général des Finances, Jules Alingete. Le super-flic a réussi à écarter le ministre des Finances Nicolas Kazadi, désormais remplacé par un membre de l'UDPS. L'ancien argentier intégrera l'Assemblée Nationale, où il fera face à des accusations de détournement de fonds publics. Le nouveau ministre des Finances, Doudou Fwamba Lukonde, bénéficiera du soutien sans faille de son parti pour relancer la mobilisation des ressources financières et assurer une gestion plus orthodoxe des dépenses publiques.


Du côté des grands perdants de ce jeu de chaises musicales, on identifie quatre clans en désarroi. Dans l'ordre des humiliés, Jean-Pierre Bemba fait figure de champion. Dans le clan Bemba, c'est la soupe à la grimace. L'ancien prisonnier de la CPI se voit rétrograder du ministère de la Défense à celui des transports. La sanction est vécue comme une gifle pour l'ancien chef de guerre qui ne trônera plus dans la puissante commission politique et défense et au sein des hauts gradés. Les généraux kasaïens avec lesquels l'ancien vice-président avait maille à partir sont soulagés. "Félix n'a rien compris et ne gagnera jamais cette guerre avec ses frères incompétents et voleurs", affirme, dans l'intimité, Bemba à ses proches. En lot de consolation, Jean-Pierre Bemba pourra se faire payer ses fausses créances par la RVA et fera quotidiennement la caisse des 14 entreprises publiques sous sa tutelle.


Une autre grande perdante dans la mise en place du premier gouvernement du second mandat de Félix Tshisekedi c'est Denise Nyakeru. La Première Dame voit ses protégés être rétrogradés voire écartés. Parmi eux, le nouveau ministre des sports, Didier Budimbu. L'ancien locataire des prisons belges de Forest et de Saint Gille, quitte le juteux ministère des hydrocarbures pour rallier celui des sports. "Il y a un monde de passer des discussions de milliards de barils de pétrole avec les PDG de Total Energies ou de l'ENI aux intrigues de la FECOFA et aux querelles des clubs de football", raille un cadre de Cohydro. En réalité, le ministre Budimbu, baptisé le "génie blanc" paie durement la chute d'influence de sa mentor qui cède du terrain face au clan de la mère et des frères Tshisekedi.


Enfin, les deux chefs de partis les moins bien nantis dans cette nouvelle équipe sont assurément Modeste Bahati. L'ancien président du Sénat qui avait déjà subi un camouflet en voyant son fils Serge débarqué du ticket du bureau de l'Assemblée Nationale, n'a pu obtenir le poste qu'il convoitait dans la chaîne de dépense. Le sénateur cède du terrain face à son concurrent Kamerhe. "Bemba a su imposer sa présence dans l'équipe pas Bahati ! Il doit mal vivre d'avoir été tout simplement remercié", dit un analyste de la vie politique congolaise qui pense que l'homme de Bukavu n'a pas dit son dernier mot.


Un autre originaire du Kivu sort du gouvernement par la petite porte. Il s'agit d'Antipas Mbusa Nyamwisi. L'ancien ministre de l'intégration régionale sort par la petite porte en laissant la place à ses concurrents Nande Paluku et Nzangi Muhindo qui ne jurent que par l'effacement de la carte politique du président du RDCKML. A l'heure où chacun s'interroge sur la coalition bigarrée entre les FARDC, les Wazalendo, les mercenaires et les troupes étrangètres, "en frustrant Bahati et Mbusa, Félix Tshisekedi prend un grand risque en s'en remettant uniquement à Kamerhe pour gérer ses relations avec les communautés du Kivu", affirme un spécialiste du Kivu qui connait la capacité de nuisance et de destruction des deux leaders frustrés.


Les Femmes et les Espoirs

En définitive, c'est la représentation féminine qui étonne par son caractère contrasté. Aux côtés de hautes technocrates issus du monde des partenaires ou de la société civile comme la ministre des Affaires Etrangères, Mme Thérèse Kayiwamba ou de l'EPSP Raïssa Malu ou encore celle chargé du Genre, Mme Léonie Kandolo, ce sont les figures qui doivent présence plus à la forme de leur courbe que celle de leur cerveau. Dans les salons de la Gombe on sourit à ces promotions-canapés qui illustrent la légèreté du choix des plusieurs animatrices des ministères sociaux.

Finalement, le bon mot revient au professeur Akilimali qui circule dans les réseaux sociaux : "J'espère simplement que lorsque Paul Kagame lira la liste des noms des membres du nouveau gouvernement congolais, il tremblera autant que moi"! Raillerie cruelle et constat lucide. Nombre de ministres vont être invités à s'imprégner des réalités de la gestion de leur ministère et de leur administration avant d'être opérationnels ! Que de temps perdu pour un pays menacé par une multitude de crises les unes plus graves que les autres !


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