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  • Photo du rédacteurmutambak96

Report des élections : le chemin de croix de Tshisekedi



Au niveau de la CENI, nous n’avons pas de preuve qu’il y aura bel et bien élection le 20 décembre. Et même s’il y en aura, nous n’avons pas de certitude que ça va se dérouler dans les meilleures conditions de transparence. Cela veut dire, qu’il y a risque, risque des désordres dans notre pays”, a dit Tata Cardinal appelant les jeunes catholiques “à la prudence”.

La CENI n'est pas prête à organiser les élections. Le financement tarde à être bouclé. Les retards accumulés ont explosé le budget. Le matériel est en cours d'acheminement par avion. Les procès-verbaux - dont l'impression a tardé - devaient initialement être imprimés en Afrique du Sud. Faute de pouvoir répondre aux exigences de temps requises, les imprimeurs sud-africains se sont désistés. La CENI a dû se résoudre à délocaliser l'impression de ces précieux documents en Chine.

La déroute de Kadima



En dépit de la location de deux avions au Kenya, le matériel stocké à Kinshasa est déployé au compte-gouttes. Les appuis demandés en Afrique du Sud et en Angola pour des avions supplémentaires et des hélicoptères n'ont toujours pas abouti. Ce sont des dizaines de tonnes de matériels à répartir sur l'ensemble du pays en trois semaines qui sont en souffrance. Une équipe des agents de la Ceni se trouve encore en Chine pour récupérer d'autres équipements. En pleine saison des pluies, avec un financement au lance-pierre, la mission s'avère impossible. Denis Kadima n'est pas en mesure d'organiser les élections. Pour l'homme qui n'a cessé de rassurer les Congolais et la communauté internationale sur la capacité de la CENI à relever les défis logistique, c'est la déroute !

"La CENI doit dire la vérité aux Congolais sur l'impossibilité d'organiser les élections et le report inéluctable de celles-ci", affirme un activiste de la société civile qui ajoute que "la population est très impactée par les 85 % des cartes d'électeurs devenues inutilisables et dont les propriétaires n'auraient pas accès aux bureaux de vote". Sans ajouter que dans la majorité des centres de vote, la liste des électeurs est toujours indisponible. Un expert de l'Union Européenne confirme que les divergences sur les données réelles de la cartographie des centres et bureaux de vote confirment l'amateurisme de l'équipe de Kadima.


Pour ce qui est du matériel non sensible comme les isoloirs, les urnes, les batteries solaires, dans un pays aux voies de transport limitées, aériennes, terrestres ou fluviales, et en tenant compte des besoins financiers additionnels clairement exprimés par la CENI, les observateurs estiment qu'il faut logiquement s'attendre à des délais de livraison beaucoup plus longs que quelques semaines.


Tout le pouvoir Tshisekedi est en cause

Au-delà de l'incompétence et de l'amateurisme de Denis Kadima et de son équipe, le gouvernement Tshisekedi porte une lourde part de responsabilité dans l'échec du processus. "il faut régler la facture de MIRU Systems, la société sud-coréenne qui fournit les kits. Ils ne libéreront pas la cargaison complète sans un paiement substantiel de leur facture, ce qui ne semble pas être le cas pour l'instant", affirme un observateur qui poursuit sa réflexion en confirmant que "la CENI a pris l'initiative louable de récupérer des kits du dernier cycle électoral pour réduire les coûts et les délais de livraison. Environ 75 % des besoins en kits sont opérationnels moyennant une maintenance matérielle et logicielle. Il faudra évidemment que ce soit MIRU qui procède à cette maintenance, ce qui demande du temps et de l'argent". Le sémillant ministre des Finances - dont la fortune personnelle est proportionnelle au déficit de financement de la CENI - est à la peine pour couvrir près de 300 millions USD exigés par Denis Kadima et ses hommes. Par ailleurs, les frais de déplacement des centaines de magistrats chargés du contentieux électoral sont également introuvables. Or, la présence des juges dans les cours d'appels constitue un aspect capital dans la tenue des élections dont les résultats seront sujets à énormément de contestation.


La Cour constitutionnelle appelée à la rescousse

En concertation avec son mentor Félix Tshisekedi, Denis Kadima s'est résolu à demander à la Cour constitutionnelle de statuer sur un report de la date des élections. Le secret n'aura pas été gardé bien longtemps. Les réseaux sociaux congolais bruissent d'informations sur les tractations en cours.


Selon un membre du cabinet de Dieudonné Kamulete, le Président de la Cour Constitutionnelle, depuis plusieurs jours, Félix Tshisekedi a saisi les hauts magistrats sur l'impossibilité de tenir les élections dans les délais. Le mandat du Chef de l'Etat expire le 24 janvier. C'est là où la bât blesse. Si la Cour Constitutionnelle peut être tentée de s’appuyer sur le fâcheux précédent de l'interprétation de la Constitution qui autorise le Chef de l'Etat à demeurer au pouvoir jusqu'à l'installation du nouveau Président élu, la situation est très loin d'être comparable à celle à laquelle son prédécesseur Joseph Kabila avait dû faire face.

Un départ inévitable pour Tshisekedi

En fin politique, l'ancien président avait compris que le léger paravent de légalité offert par l'interprétation de la Constitution par la Cour constitutionnelle ne pouvait lui donner la légitimité de poursuivre son mandat. Sous le couvert de la CENCO, les négociations politiques rassemblant l'opposition politique et la société civile autour de sa majorité avaient permis d'établir les règles consensuelles de la gestion d'une transition de deux années.


Entre décembre 2016 et décembre 2023, en 7 années, les choses ont bien changé ! En tout premier lieu, la campagne électorale a démarré. Les déconvenues observées tout au long du parcours effectué par Félix Tshisekedi attestent du fossé entre le pouvoir et le peuple congolais. Le bilan des trois années de pouvoir de l'Union sacrée est catastrophique. Conscients d'une défaite annoncée, les députés de la majorité exigent que les engins de l'Office des Routes se déploient à travers le pays pour réparer les dizaines de milliers de bourbiers qui rendent les chemins impraticables. L'ancien Président de l'Assemblée nationale et Vice-Premier Mministre de l'Economie, Vital Kamerhe regrette publiquement d'avoir sous-estimé l'adversaire. La grande armée de l'Union Sacrée redoute d'affronter une véritable Berezina. Partout, des milliers de Congolais réclament à cors et à cris à Félix Tshisekedi le remboursement de la taxe illégale du Registre d'Appareils Mobiles, RAM, ponctionnée sur le porte-monnaie de leur crédit téléphonique. Dans toutes les cités visitées, le cortège présidentiel est accueilli aux cris de " voleurs !".


L’échec sécuritaire total pas seulement à l’est

Autre grande différence entre les deux cycles électoraux, la situation sécuritaire ! A l'Est du pays, Félix Tshisekedi vit une autre déroute. En 2016, Joseph Kabila laissait un pays fragile mais unifié et pacifié. Le M23 avait été défait et les groupes armés résiduels étaient au nombre de 50. Aujourd'hui, Félix Tshisekedi fait face à une rébellion organisée comme une armée conventionnelle qui occupe tous les territoires rwandophones du pays. On assiste à une inflation de groupes armés qui seraient aujourd'hui près de 200, parmi lesquels des regroupements transformés en force d'auto-défense populaire. Deux provinces demeurent sous état de siège. Et des mouvements non identifiés menacent la périphérie de la capitale Kinshasa ainsi que plusieurs provinces du pays. La paix civile est menacée par la résurgence des conflits intercommunautaires au Katanga où le conflit entre les communautés katangaises et allochtones kasaïenne reprend ci et là avec son lot de barbaries.


Selon les Chefs d'Etat de la Région, au rang desquels l'Angola, le Sud Soudan et Brazzaville, faute de vouloir engager une négociation sérieuse avec le M23, Félix Tshisekedi est désormais un obstacle à la paix à l'Est. D'autant que le recrutement de milliers de mercenaires vient ajouter à la confusion et au désordre. Dans un contexte où la RDCongo appelle au retrait de la Monusco et des forces de l' EAC, l'obsédante rengaine du Chef de l'Etat congolais visant à clouer le président Paul Kagame au pilori pour son soutien au M23 a fini par exaspérer la Communauté Internationale. Hormis un accord de principe obtenu du bout des lèvres, la SADC ne se presse pas à envoyer ses forces dans le bourbiers congolais. En dépit de ses efforts, la diplomatie américaine n'est pas parvenue à calmer les tensions entre la RDCongo et le Rwanda.


C'est dans ce contexte particulièrement volatile que la République Démocratique du Congo entre dans une période spéciale où le Chef de l'Etat congolais n'aura bientôt plus de légitimité. Félix Tshisekedi s'engage dans un véritable chemin de croix avec une opposition politique aguerrie et une opposition armée de plus en plus forte. Sans parler de l'Union Sacrée dont les ténors paraissent de plus en plus douter de la capacité de leur chef de file à rempiler pour un second mandat.

Au niveau de l'opposition, les proches de l'opposant Martin Fayulu, le candidat malheureux des élections de 2018 sont affirmatifs. "Tout est à refaire ! On ne peut pas faire confiance à des gens qui ont échoué et qui nous ont amenés à cet échec et à ce chaos" proclame un proche de celui qui a effectivement été choisi par le peuple congolais en 2018 mais n'a pu prendre fonction du fait d'un arrangement politique entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. Toutefois, la rumeur kinoise établit que les liens se sont raffermis entre Martin Fayulu et le Chef de l'Etat. Ce dernier aurait mis à disposition de l'opposant des moyens financiers conséquent pour sa campagne. En échange, Martin Fayulu devrait s'employer à crédibiliser la victoire de Félix Tshisekedi sur Moïse Katumbi. Les tenants de cette thèse prennent pour preuve la récente plainte de Martin Fayulu et Denis Mukwege contre la CENI déposée auprès de la Cour Constitutionnelle. Celle-ci pouvait-elle trouver plus belle preuve de sa crédibilité en réceptionnant un document signé par l'opposant et le Prix Nobel de la Paix ? Les deux candidats auront fort à faire pour dénoncer demain la partialité des juges de la Haute Cour.

Quel jeu joue kabila ?

Dans cet imbroglio, Joseph Kabila demeure étrangement silencieux. Dans son entourage il se dit que l'ancien chef de l'Etat n'entend pas donner une minute de plus à son successeur qui a trahi l'accord qui liait les deux familles politiques. "Le Président Kabila a signé un accord qui s'arrête le 20 décembre prochain. Au-delà de cette date, il reprendra sa liberté. Mais il ne sera pas question de laisser Felix Tshisekedi demeurer à la tête de l'Etat" confirme l'entourage de Joseph Kabila. Sa famille politique, FCC, qui a boycotté les élections appelle, comme les proches de Martin Fayulu, à une transition où tout sera "remis à plat".


Dans le camp de Moïse Katumbi, même son de cloche. "On ne va quand même pas prolonger un homme qui a tout échoué" affirme un des communicateurs de Ensemble. En ce début de campagne, l'ancien gouverneur effectue un parcours sans faute. L'adhésion des foules observée dans tous ses meetings qui rassemblent des centaines de milliers de Congolais ne laisse planer aucun doute sur l'envie de la population de voir le candidat de l'opposition prendre la direction des affaires du pays. Dans le camp de Moïse Katumbi, le report des élections est une manoeuvre de Tshisekedi qui sait qu'il va perdre les élections. "Le président sortant veut casser la dynamique de Moïse" dit la main sur le coeur la responsable des mamans du parti du candidat numéro 3.


Quant à l'entourage de l'ancien Premier Ministre Matata Ponyo, les hommes du leader du Maniema qui a rallié Moïse Katumbi n'en démordent pas. "Ce sera la Constitution, rien que la Constitution, toute la Constitution. Le 24 janvier, Félix Tshisekedi devra faire ses valises car son mandat sera échu" dit un des conseillers d'Augustin Matata. Après avoir été poursuivi par la justice congolaise, l'ancien Premier Ministre prend sa revanche sur son pourfendeur.


Mukwege à la dérive

Un candidat semble perdre ses repères dans le marigot politique congolais. Il s'agit du docteur Mukwege. Le prix Nobel de la paix manque de soutien populaire. Hormis son fief de Bukavu, la réputation du célèbre médecin est loin d'être un gage de succès auprès des Congolais qui ont compris que le duel est engagé entre Félix Tshisekedi et Moïse Katumbi. Disposé à un ticket avec Martin Fayulu, Denis Mukwege joue les utilités pour le leader de Bandundu.


C'est donc sous les yeux de la grande mission d'observation européenne que la RDCongo entre dans une période de graves turbulences. Disposant d'une légitimité douteuse issue d'une négociation privée entre lui et son prédécesseur, Félix Tshisekedi s'enfonce dans un chemin rocailleux où les alliés vont se faire de plus en plus rares. Il y a fort à parier que Jean-Pierre Bemba, Vital Kamerhe, Modeste Bahati et toute le fine fleur de la majorité de l'Union Sacrée risque d'abandonner leur chef en rase campagne avant la défaite qui s'annonce de plus en plus incontournable. Reste à savoir la carte que l'Eglise Catholique et l'Eglise Protestante, liée à travers leur mission d'observation vont sortir de leur chapeau. Là aussi, la débâche de la CENI a les douces allures d'une revanche sur le camouflet imposé par le pouvoir lors de la désignation du président de la CENI. On peut croire que le sort de Denis Kadima, de son bureau et des juges de la Cour Constitutionnelle est déjà scellé...

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