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  • mutambak96

Lettre ouverte à l'honorable Christophe Mboso Nkodia, Président de l'Assemblée Nationale


L'affaire du don de 500 jeeps Hyundai aux députés par le Président Félix Tshisekedi fait couler beaucoup d'encre. La diffusion de l'enregistrement des propos du Président de l'Assemblée Nationale tenus devant un parterre d'élus de l'Union Sacrée suscite l'indignation et la colère de nombreux Congolais, y compris de plusieurs élus qui se sentent blessés par les déclarations de l'honorable Christophe Mboso Nkodia. A ce propos, suivez la lettre ouverte d'un de ces élus qui a souhaité pour des raisons qu'il explique conserver l'anonymat.

Honorable Président de l'Assemblée Nationale,

Nous sommes arrivés à l'âge de l'indécence !

Si je me permets de vous interpeller sur la place publique, je le fais en qualité d'élu de la République. Depuis 2006, je siège au Parlement. A ce titre, je fais partie des "vieux parlementaires" qui ont connu plusieurs législatures. J'ai donc assez d'expérience pour me permettre de vous saisir en prenant l'opinion nationale et internationale à témoin.

Pourquoi ai-je choisi de garder l'anonymat ? Tout, simplement parce que, depuis la création de l'Union Sacrée, vous le savez, dans l'hémicycle, nous vivons sous les intimidations, les insultes et les provocations des Talibans et les autres extrémistes téléguidés par ceux qui prétendent servir le peuple.

Honorable Président,


Ce sont les propos que vous nous avez tenus lors de notre dernière rencontre qui appellent mon dégoût et m'obligent à vous faire part de ma profonde désapprobation. Autant parce qu'ils défraient la chronique et soulèvent l'indignation générale que parce qu'ils jettent un discrédit, un trait grossier de lumière sur la course en avant suicidaire dans laquelle notre Institution est engagée.


En confirmant hier ouvertement que le Président Félix Antoine Tshisekedi a fait un don gracieux de 500 jeeps aux députés en condescendant même à octroyer à nos collègues de l'opposition le même véhicule d'une valeur de 55.000 dollars US, vous avez inutilement exposé le Président de la République. En d'autres temps et sous d'autres cieux, vos propos auraient été considérés comme un outrage au Chef de l'Etat et à la Représentation Nationale.

Honorable Président,


Dans vos propos, tout est pollué, encrassé jusqu'à la suffocation. Avant-hier vous achetiez notre adhésion à l'Union Sacrée, hier la loi sur la CENI, aujourd'hui, c'est la prorogation de l'Etat de siège. Demain, nul doute que ce sera le tour de la Loi électorale ou celle de la Nationalité à la modification de laquelle le Chef de l'Etat attache la plus grande importance. Par l'achat des consciences, si vous pensez que le député est taillable et corvéable à merci, vous vous trompez Honorable Président ! Le Sénateur à vie en a fait la triste expérience.


Depuis votre accession à la présidence du Bureau de notre Institution, le sentiment de cour que vous entretenez avec votre Vice-Président, l'honorable Jean-Marc Kabund, a pris le pas sur celui de la raison. Les privilèges et les cadeaux se disputent à la menace contre ceux qui ne courbent pas l'échine. La pensée unique semble avoir triomphé du débat républicain.

Nous connaissons l'agenda qui se cache derrière les jeeps Hyundai. C'est la réélection du Président de la République. Elle est devenue votre obsession. L'imagination faisant défaut, avec votre Vice-Président Kabund, vous avez décidé d'appliquer grossièrement les recettes du passé. La présidence de la CENI est votre prochaine cible. Il vous faut assurer au Chef de l'Etat de disposer d'une institution parfaitement accommodante pour sa réélection. Hier c'était Corneille Nangaa qui était chargé de la besogne. Demain ce sera un personnage encore plus complaisant que vous nous demanderez d'avaliser pour diriger la CENI. C'est aussi cela le prix de chaque jeep ! Nous le savons !

Honorable Président,


En nous invitant à adhérer à votre schéma pour favoriser la reconduction du Président Félix Tshisekedi, avez-vous seulement pensé une seconde que le Souverain Primaire pouvait avoir son mot à dire et que le peuple congolais pouvait être intéressé au choix de son Président ? Il semble que vous vous en moquez. Et c'est là votre crime, Honorable Président. Celui de vouloir mystifier vos compatriotes qui ont foi dans la Démocratie, les élections et la règle du suffrage universel.

Honorable Président,


Je me fais la voix de dizaines de collègues qui vous demandent de retrouver l'honorabilité qui s'attache à notre fonction. Depuis votre accession à la tête de l'Assemblée, elle semble avoir déserté le perchoir. Par votre faute, nous sommes devenus la risée du peuple congolais et du monde entier. Les enfants nous ciblent, leurs parents nous méprisent ! Tous nous prêtent de n'être guidés que par la gratitude du ventre alors qu'eux, chaque soir, n'ont rien à se mettre sous la dent et dorment l'estomac vide ! Nous portons le lourd manteau de l'indignité et du déshonneur. Et vous en êtes responsable !


En espérant que mon interpellation réveillera ce qui vous reste de conscience pour un sursaut démocratique, je vous assure, Honorable Président de l'Assemblée Nationale, de l'expression de ma plus parfaite considération.

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