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  • mutambak96

Le retour de Vital Kamerhe à la Primature pour diriger "un gouvernement de mission"


Mont Ngaliema, jeudi 10 novembre, de 22 heures à 5 heures du matin, parmi les visiteurs du soir, Félix Tshisekedi reçoit une figure bien connue du sérail présidentiel. Après avoir fait des pieds et des mains pour être reçu, Vital Kamerhe est enfin en tête à tête avec le Chef de l’Etat. De cette réunion, peu d’indiscrétions hormis la volonté du Chef de l’Etat de recourir à son ancien directeur de cabinet pour diriger un nouveau gouvernement de mission chargé de « déminer » la situation à l’Est du pays et constituer un rassemblement des forces politiques acquises à la réélection du Chef de l’Etat.

En dépit du soutien de Dany Banza, l’homme de l’ombre qui murmure à l’oreille du président congolais en gérant ses comptes bancaires off-shore, les jours du Premier Ministre Sama Lukonde à l’hôtel du Gouvernement sont comptés. Le gouvernement actuel ne répond plus aux défis qui attendent le locataire du Palais de la Nation. Depuis deux semaines, les observateurs relèvent une intense activité diplomatique et politique au Mont Ngaliema. Le Président Tshisekedi espère défaire les rebelles congolais. Avec la mise en route d’une force aérienne congolaise, les FARDC semblent avoir repris du poil de la bête. Dans quelques jours, l’armée de l’air congolaise devrait accueillir 6 autres chasseurs-bombardiers et une flotille de drones en cours d’acheminement de Turquie et d’acquisition en Libye. Le front de la guerre pourrait donc connaître une nouvelle évolution.


Bras de fer autour du M23 A Kigali, on juge très sérieusement la menace. Un bombardement aérien congolais sur le sol rwandais serait une gifle à l’inviolabilité du territoire dont s’enorgueillit le Président Paul Kagame. Depuis sa prise de pouvoir en 1994, Kigali a toujours veillé à porter le danger à l’extérieur, loin de ses frontières. Une atteinte à l’intégrité du territoire national serait un coup psychologique bien plus puissant que la déflagration des obus sur la terre Tutsie. Les officiers supérieurs qui entourent le président rwandais le savent. Le soutien au M23 devient objet de discussion. Kigali doit-il appuyer l’offensive de ses rebelles favoris ou au contraire figer la ligne de front pendant l’ouverture de nouvelles discussions ? Dans ce contexte, l’appel de Félix Tshisekedi au rassemblement autour des FARDC et de la reconquête des territoires occupés par les supplétifs de Paul Kagame a recueilli l’assentiment général de la classe politique congolaise. Coup gagnant pour Félix Tshisekedi ! De Martin Fayulu aux évêques de la CENCO, en passant par Moïse Katumbi, toutes les forces politiques et sociales congolaises ont mis en sourdine leurs querelles face à la menace d’une partition de fait de l’Est du Congo. Négocier, bien sûr, mais pas à n’importe quel prix dit-on dans l’entourage du Président congolais qui, à un an des élections, a besoin de victoires militaires. Sa reconduction par les Congolais pour un deuxième mandat est à ce prix. Une déroute annoncerait une fin précipitée du régime de Kinshasa et une négociation mal aboutie mettrait en péril les espoirs de maintenir à la tête du Congo l’attelage actuel dirigé par Félix Tshisekedi et une poignée de ses amis, pour la plupart issu du sérail du Kasaï, via Bruxelles ou Paris.

Et le sauveur est... Vital Kamerhe

Pour sortir de cette équation, Félix Tshisekedi compte donc faire appel à la carte de Vital Kamerhe. Le patron de l’UNC a donc été reçu longuement par le Chef de l’Etat congolais pour explorer la voie de la mise en place d’un gouvernement de mission pour anticiper un scénario qui obligerait Kinshasa à négocier en position de faiblesse. Après une tournée à l’Est relativement convaincante au cours de laquelle l’ancien Directeur de cabinet a pu mesurer les dégâts occasionnés dans l’opinion par sa longue incarcération et son acquittement tardif suite au détournement de près de 60 millions USD, Vital Kamerhe revient dans les bonnes grâces du régime. Félix Tshisekedi sait que face à ses adversaires politiques – particulièrement le Dr. Mukwege et Moïse Katumbi qui tardent à se déclarer – la partie sera serrée en Province Orientale, dans le grand Kivu et le grand Katanga. L’échec de l’Etat de siège en Ituri et au Nord Kivu, la reprise des armes du M23, la percée dans l’opinion du Prix Nobel de la Paix et la réconciliation entre Kabila et Katumbi sont des hypothèques de plus en plus grandes sur l’avenir politique de Félix Tshisekedi. Du coup, le président de la République compte sur son ancien partenaire de CACH pour constituer une équipe en allant chercher des leaders capables de crédibiliser son maintien au pouvoir. La transformation de l’Union Sacrée de la Nation en plate-forme politique est en cours. Elle devrait déboucher sur la clarification tant attendue par les soutiens du Chef de l’Etat qui lui reprochent de ne pas se débarrasser des « ennemis de l’intérieur » qui profitent des positions au sein du gouvernement sans apporter leur soutien au Chef de l’Etat. Il s’agit notamment de plusieurs ministres issus de Ensemble de Moïse Katumbi.

Des alliés pas toujours rassurants

Par ailleurs, plusieurs titulaires ont failli à leur mission et d’autres ne sont pas convaincants. Il faut laisser place à de nouveaux ralliements. Félix Tshisekedi a besoin de rassembler autour de sa candidature pour la dernière année de son premier mandat. A l’Ouest, au Nord de la provicne Equateur, Félix Tshisekedi a tout compris de la psychologie de son allié Jean-Pierre Bemba. L’appétit insatiable d’argent de l’ancien chef rebelle doit être apaisé. Aujourd’hui, pour le leader Ngbaka, seuls les chiffres ont une vertu apaisante. Aussi, le Chef de l’Etat lui a-t-il fait la promesse de régler ses factures qui s’élèvent à près de 20 millions USD. Au Sud de l’Equateur, Guy Loando est l’homme-orchestre du président. En alliance avec Dany Banza, le fougueux ministre d’Etat a les dents longues. Face à ces deux alliés, un bloc se constitue avec José Makila au Nord et José Endundo au Sud. La bataille sera âpre. Dans le grand Bandundu, si le Kwilu semble totalement perdu avec des adversaires aussi irréductibles que Martin Fayulu, Adolphe Muzito et Olivier Kamitatu, il n’en est pas de même avec le Kwango et le Maï Ndombe, où le vieux président de l’Assemblée Nationale Christophe Mboso Nkodia et le gouverneur de Kinshasa Gentiny Ngobila peuvent brandir quelques arguments. Dans le Kongo Central, faute de pouvoir compter sur un leadership qui tarde à émerger, le Chef de l’Etat s’appuie essentiellement sur le soutien de l’Eglise Kimbanguiste. Reste Kinshasa, la frondeuse, qui ne manquera pas de se jeter dans les bras de l’opposition. Au centre du pays, le Kasaï devrait ne poser aucun problème au Chef de l’Etat. L’opposition de Delly Sesanga et Claudel Lubaya est tout à fait gérable. Les cartes politiques sont donc mitigées et l’avenir incertain pour le pouvoir.

Inévitable retour à la table des négociations

Ce tableau oblige le Chef de l’Etat à prendre la main sur les provinces de l’Est où rien ne semble acquis. Loin de là ! Dès lors, en attendant des jours meilleurs, la carte du glissement du calendrier électoral est désormais envisagée.

Sur ce registre-là aussi, au risque de devoir se séparer de Modeste Bahati, le président du Sénat, la carte de Vital Kamerhe est utile pour préparer un dialogue politique et convenir d’un report des élections. Le prix risque d’être très lourd à payer pour la famille politique au pouvoir. Moïse Katumbi et Martin Fayulu ont déjà annoncé que hors délais constitutionnels, faute de légitimité, le pouvoir de Kinshasa ne sera plus en capacité de gérer un pays en proie à la guerre. Les négociations s’annoncent très difficiles. Dans ce contexte, Vital Kamerhe est-il la bonne piste pour Félix Tshisekedi ? L’avenir le dira ! Et l’avenir commence avec la fin de la session parlementaire qui se clôturera le 15 décembre prochain !

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