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  • Photo du rédacteurmutambak96

Bemba-Mamba : un pied au pouvoir l'autre dans la rébellion


La conférence de presse de Jean-Jacques Mamba, l'ancien porte-parole du MLC tenue ce lundi 26 février 2024 continue d'alimenter les conversations. Brillant et intelligent, l'homme a le verbe facile et ne manque pas de réparties. Face à une poignée de patriotes congolais, Mamba n'a pas manqué d'expliquer dans un français impeccable les raisons de son engagement dans la rébellion. Dans les milieux bien informés, il se dit que Jean-Jacques Mamba est loin d'être un cas isolé. D'autres ralliements sont attendus par la rébellion de Corneille Nangaa.

Malgré une majorité écrasante de 73%, soit près de trois Congolais sur quatre, Félix Tshisekedi est très loin d'asseoir un pouvoir stable et incontesté. Ses tâtonnements dans le choix des animateurs des institutions issues des élections en est l'illustration la plus éclatante. Avec 95% des élus de l'Assemblée, la nouvelle majorité souffre d'une grave indigestion tant il est impossible de satisfaire tous les chefs qui réclament leur part du gâteau.

Dans ce terrible capharnaüm, un homme semble pourtant tirer son épingle du jeu. Il s'agit de Jean-Pierre Bemba. Nombre d'observateurs voient dans la démission de Jean-Jacques Mamba et son adhésion à la rébellion une manoeuvre du tout-puissant Vice-Premier Ministre de la Défense pour infiltrer la rébellion de Corneille Nangaa.


Bemba et l’art de l’infiltration

"Jean-Pierre Bemba sait que dans la lutte au pouvoir qui se joue à Kinshasa, ses chances sont très réduites. Il briguait la primature ou une institution, il n'aura ni l'une ni l'autre ! Donc il prépare méthodiquement son avenir", dit l'un de ses proches. Pour preuve, au sein du gouvernement, on assiste à une guerre ouverte entre les anciens rebelles. "Jean-Pierre Bemba et Mbusa Nyamwisi sont chien et chat. Ils ne s'entendent sur rien", affirme un membre du gouvernement. Cette guerre ouverte est loin d'être une querelle passagère et anodine. Au-delà du partage des postes qui mobilise toute l'énergie de Félix Tshisekedi et ses amis, les hommes de pouvoir fourbissent en silence leurs armes pour leurs grandes ambitions, la succession de Félix Tshisekedi.


Alliance avec le fils Museveni

Les grands fauves sont en alerte. Les heures de Tshisekedi sont déjà comptées. Bemba et Mbusa le savent. Les deux hommes n'ont jamais caché leur volonté d'accéder à la magistrature suprême. Ils ont tous les deux leurs entrées dans la région. Ils ont surtout le soutien de l'Ouganda qui murmurent à l'oreille de Félix Tshisekedi. Jean-Pierre Bemba a un atout particulier. Il s'agit de sa relation personnelle avec le général Muhoozi, le fils du président Museveni. Les relations entre les deux hommes remontent à la rébellion du MLC. Le Chef de l'Etat ougandais encourageait la nouvelle génération à collaborer. A l'époque, Yoweri Museveni rêvait d'un tandem Bemba-Muhoozi. Après une éclipse de dix années de prison à La Haye, le retour de Bemba aux affaires permet la concrétisation de ce rêve.


L’incontournable Mbusa

L'autre leader que l'Ouganda cajole n'est autre que le ministre de la Coopération régionale, Mbusa Nyamwisi. A la différence de Bemba, Mbusa est un homme politique habile. Il dispose d'un ancrage fort à la frontière de l'Ouganda et parle en langue avec les hommes du pouvoir de Kampala. Redoutant Mbusa et ses accointances ougandaises, Joseph Kabila avait suscité d'autres leaders au sein de la communauté Nande en recourant notamment à Julien Paluku. Dans la même veine, Félix Tshisekedi s'appuiera sur Nzangi Muhindo. Rien n'y a fait. Les Nande qui comptent au sein de leur communauté de redoutables hommes d'affaires qui ont pignon sur rue de Kampala à Kinshasa en passant par Butembo, Bunia, Bumba comptent encore et toujours sur leur fils Antipas Mbusa Nyamwisi. L'homme continue de séduire Kampala. Le président ougandais pragmatique. Il est convaincu que Mbusa peut l'aider à asseoir ses desseins de domination dans la région. La mise en exploitation imminente des blocs pétroliers et la réalisation prochaine du pipe-line entre le Lac Albert et l'océan indien conduisent Yoweri Museveni à voir très grand. Disposer de deux pions dans l'échiquier congolais constitue pour lui un atout majeur. Pendant que le voisin Paul Kagame est devenu l'unique cible de tous les Congolais, le chef de l'Etat ougandais avance à pas feutré vers la prise de contrôle du Congo par ses alliés congolais interposés. Mais encore faut-il que les deux Congolais fassent la paix. Ce qui est très loin d'être chose acquise. Ni Bemba, ni Mbusa ne sont prêts à enterrer la hache de guerre. Chacun pense pouvoir occuper demain le Mont Ngaliema.




En infiltrant la toute nouvelle Alliance Fleuve Congo, AFC, de Nangaa, Jean-Pierre Bemba exécute un plan longtemps réfléchi. S'il a bouclé le dossier à l'Est en réaffirmant son allégeance à Yoweri Museveni et en mettant un pied dans la rébellion, le chairman a également évolué au Sud en établissant le dialogue avec l'Angola. En 1998, l'Angola était venu à la rescousse de Laurent Désiré Kabila. Les troupes angolaises avait constitué à Mbandaka un verrou infranchissable. Lorsqu'il était conseiller du maréchal Mobutu, Jean-Pierre Bemba affrétait régulièrement des cargos pour approvisionner l'UNITA. Au même titre que Savimbi, Bemba était considéré par l'Angola comme un ennemi à abattre.


Luanda avance ses pions

En vingt ans, les choses ont changé. Jonas Savimbi a été tué en 2002. L'Angola a retrouvé la paix. Le pouvoir a changé. Joao Lourenço semble disposé à écrire une nouvelle page. Le Chef de l'Etat angolais a compris qu'il doit compter avec Jean-Pierre Bemba. C'est la raison pour laquelle l'Angola a accepté de lui livrer la tête du général Tenda qui contrôlait une poignée d'éléments armés revendiquant une filiation avec les Tigres katangais et rêvant de déstabiliser Kinshasa. L'homme croupit aujourd'hui dans les geôles de l'ANR. Quel meilleur gage de bonne foi l'Angola pouvait-il donner à Bemba devenu un nouvel allié dans la région !

Dans la redistribution des cartes qui s'opèrent, quatre hommes ont aujourd'hui la main. Il s'agit des pro-ougandais Bemba et Mbusa, du pro-rwandais Corneille Nangaa et de Joseph Kabila, qui dispose du carnet d'adresses le plus étoffé de tous les prétendants à remplacer Tshisekedi. Harare et Dar Es Salaam ne bouderaient pas le retour de l'ancien président congolais.

Si tous les analystes s'accordent à dire que faute d'être parvenu à constituer et organiser un noyau dur efficace et loyal au sein de l'armée congolaise, le sort de Félix Tshisekedi est scellé. La guerre de succession a commencé.

Assurément, personne ne croit plus aux élections en RDCongo. Félix Tshisekedi a définitivement soldé le rêve d'un Congo démocratique. Le nouveau maître du Congo qui lui succédera ne sera pas issu des urnes mais du jeu des alliances régionales. A ce stade, Jean-Pierre Bemba dispose d'une longueur d'avance sur tous les prétendants. Sa dernière carte, l'infiltration de Jean-Jacques Mamba dans la rébellion dirigée par Nangaa est un coup de maître digne des meilleurs joueurs d'échecs. Dix ans d'éloignement ont définitivement transformé l'ancien chef de guerre en stratège géopolitique. Mais arrivera-t-il à convaincre Washington, Paris et Pékin ? L'ultime étape vers le Graal passe par ces capitales. Bemba le sait. Nangaa aussi.

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