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  • mutambak96

Après Christophe Lutundula, Muhindo Nzangi et Modeste Mutinga quittent Moïse Katumbi


A Kinshasa, les grandes manœuvres politiques ont commencé. Le retour de Vital Kamerhe dans les bonnes grâces du Président Félix Tshisekedi va conduire dans les toute prochaines semaines à un vaste remaniement gouvernemental. Les paris sont lancés. Les jours de Sama Lukonde à l’hôtel du gouvernement sont bel et bien comptés. Rares sont les analystes qui parient encore sur le maintien du Premier ministre actuel à la tête de l’Exécutif. Par contre, les alliances les plus inattendues sont en gestation.

Parmi les retournements les plus spectaculaires, on relève ceux des ministres issus du groupe de Moïse Katumbi. « A l’exception de Chérubin Okende, tous les ministres de Moïse Katumbi ont pris leur distance par rapport à l’ancien gouverneur du Katanga », affirme un observateur de la scène politique qui met même en doute la fidélité de Christian Mwando, le ministre d’Etat du Plan. « Le fils de Charles Mwando n’a même pas osé cité le nom de Katumbi lors de sa récente descente dans son fief à Kalemie », relève notre interlocuteur . « En réalité, ce sont les lieutenants de Pierre Lumbi qui quittent le navire », poursuit-il en concluant « Il y a fort à parier qu’ils vont suivre Christophe Lutundula qui a déjà dit qu’il fera campagne pour son candidat Félix Tshisekedi ».

L’ancien gouverneur du Katanga a également bien du fil à retordre avec les autres membres de l’ex-MSR dont le congrès se tiendra au lendemain de celui de la jeune formation du ministre Nzangi. « Muhindo Nzangi veut brûler la politesse à ses anciens amis. C’est pour cela qu’il précipite son congrès », affirme-t-on au siège de l’ancien parti de Pierre Lumbi. Là aussi, plusieurs lieutenants de l’ancien conseiller spécial de Joseph kabila ont décidé de reprendre leur liberté. On cite entre autres le sénateur Baumbilia, l’ancien vice-gouverneur du Sud Kivu, Jean-Claude Kibala, plusieurs députés de l’Ituri et même le directeur de cabinet de Muhindo Nzangi, le docteur Tshimpi, le médecin personnel de feu Lumbi. La belle machine du MSR a donc pris l’eau. Après 7 années d’opposition, les énergies se sont émoussées et l’appel du pied du pouvoir ne laisse personne indifférent. Parmi les figures du MSR, il ne reste dans la barque de Moïse Katumbi que le seul Dieudonné Bolengetenge qui occupe le poste de Secrétaire Général de la formation de l’ancien gouverneur du Katanga.

Le soutien d'un homme d'affaires chinois



C’est donc ce Jeudi 14 juillet que le ministre de l’ESU, Muhindo Nzangi organisera le Congrès de son tout nouveau parti. La rupture du jeune leader Nande avec Moïse Katumbi est définitivement consommée. Au cours de ces assises, Muhindo Nzangi devrait annoncer la création d’une nouvelle plate-forme politique avec le Vice-Premier Ministre des Affaires étrangères Christophe Lutundula et le ministre d’Etat chargé des Affaires Sociales Modeste Mutinga. Le Chef d’orchestre à la baguette n’est autre que le ministre d’Etat Guy Loando. Fort du soutien de son mentor, l’homme d’affaires chinois Simon Kong, le jeune leader de l’Equateur veut renforcer son ancrage politique au sein de l’Union Sacrée. Ce regroupement a reçu la garantie financière de Simon Kong, le propriétaire du célèbre Hôtel du fleuve, dont la société gère les recettes des péages routiers de Kasumbalesa et de Matadi qui rapportent chaque année des dizaines de millions de dollars USD. Les deux hommes se connaissent très bien. Guy Loando fut longtemps le conseiller juridique et l’avocat de l’homme d’affaires chinois. Aujourd’hui, Guy Loando se positionne ni plus ni moins comme candidat à la succession du Premier ministre Sama Lukonde.

Chef d’œuvre de monopoly politique, cette nouvelle plate-forme est en réalité une assurance-vie pour tous ses sociétaires. « Le retour de Vital Kamerhe sur l’avant-scène fait trembler les ministres qui ont trahi l’ancien directeur de cabinet du Chef de l’Etat », affirme-t-on dans l’entourage de Félix Tshisekedi. Entre Guy Loando et Vital Kamerhe rien ne va plus. Les deux hommes partageaient autrefois des connivences. Jusqu’au jour où le ministre de l’Aménagement du Territoire a livré à Félix Tshisekedi l’enregistrement téléphonique d’une conversation au cours de laquelle Vital Kamerhe critiquait sans aménité le Chef de l’Etat. Ce colportage a, en réalité, constitué le premier grief qui allait condamner le père du programme des 100 jours. Par instinct de survie, Guy Loando a donc entrepris de constituer un bouclier en créant sa nouvelle plate-forme politique avec les anciens lieutenants de Katumbi.

La trahison de Bemba

Sur le plan national, Avec Muhindo Nzangi, Christophe Lutundula et Modeste Mutinga, Guy Loando veut faire d’une pierre deux coups. Il évite les effets dévastateurs du retour de Vital Kamerhe et il marche allègrement sur les platebandes de Jean-Pierre Bemba en revendiquant pour con compte le leadership politique de l’Equateur. « Après avoir courtisé le patron du MLC à qui il dit avoir donné une généreuse enveloppe de 600.000 Usd à son retour de la CPI après 10 ans passés en prison aux Pays-Bas, les relations entre les deux hommes originaires de l’Equateur ont rapidement tourné au vinaigre. Aujourd’hui, Loando n’hésite pas à cracher sur Bemba qu’il qualifie de crève-misère », dit un proche de l’homme fort de Gemena. Aujourd’hui, l’un et l’autre se disputent les faveurs du Président Tshisekedi. Malheureusement, il ne peut y avoir deux coqs dans la basse-cour. Pari risqué pour FélixTshisekedi, il devra rapidement faire un choix en faveur de l’un ou de l’autre.



Si les cartes semblent connues à l’Ouest de la RDCongo, à l’Est, c’est une autre paire de manches. L’onde de choc créée par le retour de Vital Kamerhe touche particulièrement le président du Sénat, Modeste Bahati. Le puissant chef de file de l’AFDC originaire de Bukavu voit son influence au sein des institutions de plus en plus menacée par le retour en force de l’ancien directeur de cabinet de Félix Tshisekedi. Pour les observateurs de la scène politique congolaise, la rivalité entre Kamerhe et Bahati est un secret de polichinelle. Sur un siège éjectable, le président du Sénat a récemment tenté lui aussi de prendre langue avec Jean-Pierre Bemba. A plusieurs reprises et comme à son habitude, le président du Sénat a envoyé des messages whatsap au président du MLC dans lesquels il l’invitait à constituer une plate-forme AFDC-MLC. Mal lui en a pris puisque ces messages se sont retrouvés sur la table du Chef de l’Etat. « Bahati vient de comprendre qu’il ne faut jamais faire confiance à Bemba » commente goguenard un sénateur qui fut autrefois une des plus proches collaborateurs de l’ancien chef de guerre.



« Les plaques tectoniques sont en train de bouger en RDCongo », affirme le conseiller politique d’une grande ambassade. Les grandes écuries se constituent sur fond de mise en place du dernier gouvernement de la législature qui devrait conduire le pays aux élections. Personne n’a le droit à l’erreur. « La grande énigme réside encore dans le silence de Joseph Kabila » qui n’a pas encore indiqué son choix. La sortie politique de l’ancien président congolais est attendue avec impatience. L’homme à la barbe sel et poivre demeure encore un redoutable faiseur de Roi. Après avoir été vilipendé par la majorité de la classe politique qu’il avait nommé au sein des Institutions, personne n’aurait parié à un tel retournement de l’histoire au pays de Kasa-Vubu et de Lumumba. Le bilan désastreux de Félix Tshisekedi n’y est pas étranger !


Bernard Mulunda

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